Dans le monde complexe et en constante évolution de la géotechnique, la maîtrise de la classification des sols est une compétence fondamentale pour tout ingénieur aspirant à l’excellence. Ce domaine, à la croisée de la géologie et de l’ingénierie civile, exige une compréhension approfondie des propriétés des sols et des roches, ainsi que de leur comportement sous diverses conditions. La classification des sols n’est pas seulement un exercice académique ; c’est un outil puissant qui guide la prise de décision dans la conception et la réalisation de projets d’infrastructure majeurs.
En tant qu’experte ayant travaillé sur des projets de grande envergure, je peux affirmer que la capacité à classifier correctement les sols est souvent la clé du succès ou de l’échec d’un projet géotechnique. Ce guide exhaustif vise à vous fournir non seulement les connaissances théoriques essentielles, mais aussi des insights pratiques et des ‘secrets du métier‘ que seule l’expérience peut offrir.
Que vous soyez un jeune ingénieur en début de carrière ou un professionnel cherchant à approfondir vos connaissances en géotechnique, ce guide vous accompagnera à travers les subtilités de la classification des sols. Nous explorerons ensemble les différentes méthodes de classification, les essais de laboratoire cruciaux, et les implications pratiques de ces connaissances dans le contexte de projets réels.
I – Généralités sur les sols
A. Terminologie des matériaux
Pour bien comprendre la classification des sols, il est essentiel de maîtriser la terminologie de base des matériaux qui les composent. Les sols sont généralement catégorisés en quatre grandes classes selon la taille de leurs particules :
Il est important de noter la distinction entre les différents types de matériaux en géotechnique routière :

B. Caractéristiques d’un sol
Les sols possèdent plusieurs caractéristiques fondamentales qui influencent leur comportement et leur classification :
Un sol est un mélange de trois éléments :
La phase gazeuse comprend l’air et les gaz de décomposition ou la vapeur d’eau. Un sol est dit saturé lorsque tous les vides sont remplis d’eau.
La phase liquide se compose de :
C. Différence entre sols fins et sols grenus
La distinction entre sols fins et sols grenus est fondamentale en géotechnique :
Cette distinction est cruciale car elle influence directement le comportement mécanique du sol, sa stabilité, et les méthodes de construction à adopter.
Dans la réalité, les sols sont généralement constitués d’un mélange de particules de différentes dimensions, représentant un état intermédiaire entre les sols grenus et les sols fins.
D. Paramètres dimensionnels et adimensionnels
Pour caractériser précisément un sol, on utilise divers paramètres :
- Paramètres dimensionnels :
- Densité (ρ) : masse par unité de volume
- Poids volumique (γ) : poids par unité de volume
- Teneur en eau (w) : rapport entre la masse d’eau et la masse de sol sec
- Paramètres adimensionnels :
- Porosité (n) : rapport du volume des vides au volume total
- Indice des vides (e) : rapport du volume des vides au volume des solides
- Degré de saturation (Sr) : proportion du volume des vides occupée par l’eau
- Indice de plasticité (IP) : différence entre la limite de liquidité et la limite de plasticité
Ces paramètres sont essentiels pour comprendre et prédire le comportement des sols dans différentes conditions.
Il existe des relations importantes entre les différents paramètres. Par exemple :
Ces relations permettent de calculer certains paramètres à partir d’autres, ce qui est souvent utile dans la pratique de l’ingénierie géotechnique.
II – Classification des matériaux
La réalisation des remblais et des couches de forme nécessite d’étudier, pour des raisons économiques, la possibilité de réutiliser les matériaux de déblais extraits du sol avant de rechercher des matériaux d’emprunts. L’utilisation du Guide Technique pour la Réalisation des Remblais et des Couches de Forme (GTR) permet de :
A. Classification des sols selon la nomenclature GTR (norme NF P 11-300)
La norme NF P 11-300, également connue sous le nom de Guide des Terrassements Routiers (GTR), est largement utilisée en France pour la classification des sols dans les travaux de terrassement. Cette classification est basée sur la granulométrie et l’état hydrique des sols. Elle distingue quatre grandes classes :
Cette classification permet aux ingénieurs de prédire le comportement des sols lors des travaux de terrassement et de choisir les méthodes de traitement appropriées.
Les paramètres retenus pour l’identification des sols sont :
B. Essais de laboratoire : paramètres de nature
Pour classer correctement les sols selon la norme GTR, plusieurs essais de laboratoire sont nécessaires :
Ces essais fournissent les données nécessaires pour classer précisément les sols et prédire leur comportement dans différentes conditions.
III – Les essais de laboratoire : paramètres de nature
A. Analyse granulométrique (NF P 94-056)
L’analyse granulométrique est un essai fondamental en géotechnique. Elle permet de déterminer la distribution des tailles des particules dans un échantillon de sol. La norme NF P 94-056 décrit la méthode par tamisage à sec après lavage.
Procédure :
- L’échantillon est séché, pesé, puis lavé sur un tamis de 80 μm pour éliminer les fines.
- Après séchage, le sol est tamisé à travers une série de tamis de mailles décroissantes.
- La masse de sol retenue sur chaque tamis est pesée.
Résultats :
Importance : La granulométrie influence directement la perméabilité, la compressibilité et la résistance au cisaillement du sol. Une bonne compréhension de la distribution granulométrique est essentielle pour prédire le comportement du sol dans diverses applications géotechniques.
Termes à retenir :
Les paramètres importants pour les terrassements sont :
B. Limites d’Atterberg – Indice de plasticité (NF P 94-057)
Les limites d’Atterberg caractérisent la sensibilité d’un sol fin à l’eau.
Procédure :
- Limite de liquidité (wL) : teneur en eau à laquelle le sol passe de l’état plastique à l’état liquide.
- Limite de plasticité (wP) : teneur en eau à laquelle le sol passe de l’état solide à l’état plastique.
Résultat : L’indice de plasticité (IP) est calculé comme la différence entre wL et wP.
Importance :
À partir des limites d’Atterberg, on peut calculer les indices suivants qui expriment la sensibilité à l’eau du sol (Ip) et sa consistance (Ic) par rapport à sa teneur en eau (Wn) :
C. Valeur au bleu du sol NF P 94 068
But de l’essai : Evaluer la richesse en argile d’un sol en mesurant sa capacité d’adsorption de molécules de bleu de méthylène.
L’essai consiste à introduire progressivement une solution de bleu de méthylène dans une suspension de sol dans l’eau. La quantité de bleu adsorbée par le sol est déterminée par un test à la tache sur papier filtre. Le résultat, exprimé en grammes de bleu pour 100 g de sol, permet d’évaluer la surface spécifique des particules du sol, qui est principalement liée à la quantité d’argile présente.
D. Equivalent de sable
But de l’essai : Déterminer, dans un sol, la proportion de sol fin et de sol grenu.
L’essai consiste à agiter une éprouvette contenant le sol à tester et une solution lavante. Après un temps de sédimentation, on mesure la hauteur de sédiment et la hauteur totale du floculat. Le rapport de ces deux hauteurs, exprimé en pourcentage, donne l’équivalent de sable.
Un équivalent de sable élevé indique un sol contenant peu de fines argileuses, tandis qu’un équivalent de sable faible indique un sol contenant une proportion importante de fines.
Cet essai est particulièrement utile pour évaluer la propreté des sables et des graves utilisés dans les travaux de génie civil, notamment dans la formulation des bétons et des enrobés bitumineux.
IV – Les essais de laboratoire : paramètres de comportement mécanique
A. Los Angeles (NF EN 1097-2)
L’essai Los Angeles évalue la résistance à l’usure et à la fragmentation des granulats sous l’effet d’actions mécaniques.
Procédure :
- Un échantillon de granulats est placé dans un tambour rotatif avec des billes d’acier.
- Le tambour est mis en rotation pendant un nombre défini de tours.
- Après l’essai, on mesure la quantité de matériau passant au tamis de 1,6 mm.
Résultat : Le coefficient Los Angeles (LA) est calculé comme le pourcentage de matériau passant au tamis de 1,6 mm après l’essai.
Expression des résultats :
LA = % éléments < 1,6 mm produits après essai
Importance :
B. Micro-Deval en présence d’eau (MDE)
L’essai Micro-Deval évalue la résistance à l’usure des granulats par frottement en présence d’eau.
Procédure :
- Un échantillon de granulats est placé dans un cylindre avec de l’eau et des billes d’acier.
- Le cylindre est mis en rotation pendant un temps défini.
- Après l’essai, on mesure la quantité de matériau passant au tamis de 1,6 mm.
Résultat : Le coefficient Micro-Deval (MDE) est calculé comme le pourcentage de matériau passant au tamis de 1,6 mm après l’essai.
Expression des résultats :
MDE = % éléments < 1,6 mm produits après essai
Importance :
C. Friabilité des sables
Protocole similaire à celui de l’essai Micro-Deval.
Fraction étudiée : 0,2 – 2 mm ou 0,2 – 4 mm
On détermine la quantité de particules < 0,1 mm produite par la sollicitation.
Objectif : évaluer l’évolution des matériaux sableux sous le trafic de chantier.
V – Les essais de laboratoire : paramètres d’état hydrique
L’état hydrique d’un sol joue un rôle crucial dans son comportement mécanique.
Cinq états sont considérés pour l’état hydrique des sols :
Plusieurs essais permettent de caractériser cet état :
A. Teneur en eau (NF P 94-050)
La teneur en eau est un paramètre crucial qui affecte de nombreuses propriétés du sol, notamment sa résistance, sa compressibilité et son comportement volumétrique.
Procédure :
- Un échantillon de sol humide est pesé.
- L’échantillon est séché à l’étuve à 105°C pendant 24 heures.
- L’échantillon sec est pesé à nouveau.
Calcul : Teneur en eau (w) = (masse d’eau / masse de sol sec) x 100%
Importance :
B. Détermination optimum Proctor (NF P 94-093)
L’essai Proctor est utilisé pour déterminer la relation entre la teneur en eau et la densité sèche d’un sol compacté.
Procédure :
- Le sol est compacté dans un moule standard à différentes teneurs en eau.
- Pour chaque teneur en eau, on mesure la masse volumique sèche après compactage.
Résultats :
Importance :
C. Indice Portant Immédiat (IPI) (NF P 94-078)
L’IPI est un indicateur de la portance à court terme d’un sol compacté, particulièrement important pour les travaux routiers.
Procédure :
- Un échantillon de sol est compacté dans un moule CBR.
- Un piston est enfoncé dans l’échantillon à une vitesse constante.
- La force nécessaire pour enfoncer le piston est mesurée.
Calcul : L’IPI est exprimé comme le rapport entre la force mesurée et une force de référence, multiplié par 100.
Importance :
L’essai est réalisé à l’aide d’une presse équipée d’un poinçon cylindrique de 49,6 mm de diamètre. Les essais sont réalisés sur les éprouvettes PROCTOR préalablement confectionnées.
VI – Classification des roches
Bien que moins fréquente que la classification des sols, la classification des roches est tout aussi importante en géotechnique, notamment pour les travaux en terrain rocheux.
A. Coefficient de Fragmentabilité (NF P 94-066)
Ce coefficient évalue la capacité d’une roche à se fragmenter sous l’effet de contraintes mécaniques.
Procédure :
- Un échantillon de roche est soumis à des cycles de compression/relâchement.
- On mesure l’évolution de la granulométrie de l’échantillon au cours des cycles.
Résultat : Le coefficient de fragmentabilité (FR) est calculé en fonction de l’évolution de la granulométrie.
Seuil retenu : FR = 7
Importance :
B. Coefficient de Dégradabilité (NF P 94-067)
Ce coefficient évalue la sensibilité d’une roche à l’altération sous l’effet de cycles d’humidification/séchage.
Procédure :
- Un échantillon de roche est soumis à des cycles d’immersion dans l’eau et de séchage.
- On mesure l’évolution de la granulométrie de l’échantillon au cours des cycles.
Résultat : Le coefficient de dégradabilité (DG) est calculé en fonction de l’évolution de la granulométrie.
Seuils retenus DG = 20 et 5
Importance :
C. Exemple
Prenons l’exemple d’un projet de tunnel routier dans un massif rocheux calcaire. Les essais de fragmentabilité et de dégradabilité ont donné les résultats suivants :
Interprétation :
Décisions de projet :
Cet exemple illustre comment la classification des roches influence directement les décisions techniques et économiques d’un projet géotechnique majeur.
VII – Tableaux de synthèse
Les tableaux suivants récapitulent la démarche d’identification des sols selon la classification GTR.
A. Limites Atterberg – Indice de plasticité (NF P 94-051)
| Indice de Plasticité (IP) | Classification |
|---|---|
| 0 – 5 | Non plastique |
| 5 – 15 | Peu plastique |
| 15 – 40 | Plastique |
| > 40 | Très plastique |
Importance :
B. Valeur au bleu du sol (VBS) (NF P 94-068)
| VBS | Classification |
|---|---|
| < 0,1 | Sol insensible à l’eau |
| 0,1 – 2,5 | Sol sablo-limoneux |
| 2,5 – 6 | Sol limono-argileux |
| 6 – 8 | Sol argileux |
| > 8 | Sol très argileux |
Importance :
C. Équivalent de sable (NF EN 933-8)
| ES (%) | Classification |
|---|---|
| < 65 | Sol argileux |
| 65 – 75 | Sol légèrement argileux |
| 75 – 85 | Sol propre |
| > 85 | Sol très propre |
Importance :
Tableau synthétique de la classification GTR pour les sols A, B C et D

Conclusion
La classification des sols est une compétence fondamentale pour tout ingénieur géotechnicien aspirant à l’excellence. Ce domaine, à l’intersection de la géologie et de l’ingénierie civile, exige une compréhension approfondie des propriétés et du comportement des sols sous diverses conditions. La maîtrise de la classification des sols est souvent la clé du succès ou de l’échec d’un projet géotechnique.
Ce guide exhaustif vise à fournir les connaissances théoriques essentielles et les insights pratiques que seule l’expérience peut apporter. Nous explorerons les méthodes de classification, les essais de laboratoire cruciaux, et leurs implications pratiques dans des projets réels.
Que vous soyez débutant ou professionnel chevronné, ce guide vous accompagnera à travers les subtilités de la classification des sols, vous permettant d’exceller dans votre domaine et de contribuer significativement à la sécurité et à la durabilité de nos infrastructures.
