La classification des sols : Un guide complet pour les ingénieurs géotechniciens

Dans le monde complexe et en constante évolution de la géotechnique, la maîtrise de la classification des sols est une compétence fondamentale pour tout ingénieur aspirant à l’excellence. Ce domaine, à la croisée de la géologie et de l’ingénierie civile, exige une compréhension approfondie des propriétés des sols et des roches, ainsi que de leur comportement sous diverses conditions. La classification des sols n’est pas seulement un exercice académique ; c’est un outil puissant qui guide la prise de décision dans la conception et la réalisation de projets d’infrastructure majeurs.

En tant qu’experte ayant travaillé sur des projets de grande envergure, je peux affirmer que la capacité à classifier correctement les sols est souvent la clé du succès ou de l’échec d’un projet géotechnique. Ce guide exhaustif vise à vous fournir non seulement les connaissances théoriques essentielles, mais aussi des insights pratiques et des ‘secrets du métier‘ que seule l’expérience peut offrir.

Que vous soyez un jeune ingénieur en début de carrière ou un professionnel cherchant à approfondir vos connaissances en géotechnique, ce guide vous accompagnera à travers les subtilités de la classification des sols. Nous explorerons ensemble les différentes méthodes de classification, les essais de laboratoire cruciaux, et les implications pratiques de ces connaissances dans le contexte de projets réels.

I – Généralités sur les sols

A. Terminologie des matériaux

Pour bien comprendre la classification des sols, il est essentiel de maîtriser la terminologie de base des matériaux qui les composent. Les sols sont généralement catégorisés en quatre grandes classes selon la taille de leurs particules :

  • Argile : Particules de diamètre inférieur à 0,002 mm. Les argiles sont connues pour leur plasticité et leur capacité à retenir l’eau.
  • Limon : Particules de diamètre compris entre 0,002 mm et 0,063 mm. Les limons ont une texture douce et farineuse lorsqu’ils sont secs.
  • Sable : Particules de diamètre compris entre 0,063 mm et 2 mm. Les sables sont granuleux au toucher et ne présentent pas de cohésion à l’état sec.
  • Gravier : Particules de diamètre supérieur à 2 mm. Les graviers sont visibles à l’œil nu et jouent un rôle important dans la résistance mécanique des sols.

Il est important de noter la distinction entre les différents types de matériaux en géotechnique routière :

  • Sols : constitués de grains plus ou moins gros facilement dissociables, comprenant moins de 3% de matière organique.
  • Matériaux rocheux : matériaux naturels compacts nécessitant des moyens puissants (explosifs, engins puissants) pour leur dégagement.
  • Sols organiques : comprennent plus de 3% de matière organique.
  • Sous-produits industriels : produits de l’activité humaine (cendres volantes, matériaux de démolition, laitiers de haut-fourneaux, etc.).
Classification des particules solides d'un sol
Classification des particules solides d’un sol

B. Caractéristiques d’un sol

Les sols possèdent plusieurs caractéristiques fondamentales qui influencent leur comportement et leur classification :

  • Granulométrie : C’est la distribution des tailles des particules dans un sol. Elle joue un rôle crucial dans la détermination de propriétés telles que la perméabilité et la résistance au cisaillement.
  • Plasticité : C’est la capacité d’un sol à se déformer sans se rompre. Elle est particulièrement importante pour les sols fins comme les argiles.
  • Perméabilité : C’est la facilité avec laquelle l’eau peut circuler à travers le sol. Elle est directement liée à la granulométrie et à la porosité du sol.
  • Compressibilité : C’est la capacité du sol à se compacter sous une charge. Elle est cruciale pour prédire les tassements dans les projets de construction.
  • Cohésion : C’est la force qui lie les particules du sol entre elles, indépendamment de toute charge appliquée. Elle est particulièrement importante dans les sols argileux.

Un sol est un mélange de trois éléments :

  • Solide (squelette)
  • Eau (libre ou non)
  • Gaz (air)
Constituants dun sol 1

La phase gazeuse comprend l’air et les gaz de décomposition ou la vapeur d’eau. Un sol est dit saturé lorsque tous les vides sont remplis d’eau.

La phase liquide se compose de :

  • Eau absorbée : constitue un film entre les grains, jouant un rôle de lubrifiant. Elle ne s’écoule pas et s’élimine par chauffage très intense (>300°C).
  • Eau libre : s’écoule et s’élimine par étuvage vers 100°C.

C. Différence entre sols fins et sols grenus

La distinction entre sols fins et sols grenus est fondamentale en géotechnique :

  • Sols fins (argiles et limons) :
  • Particules de diamètre inférieur à 0,063 mm
  • Comportement dominé par les forces électrochimiques entre particules
  • Forte rétention d’eau
  • Plasticité élevée
  • Perméabilité faible
  • Sensibles aux variations de teneur en eau
  • Sols grenus (sables et graviers) :
  • Particules de diamètre supérieur à 0,063 mm
  • Comportement dominé par les forces de gravité et de friction
  • Faible rétention d’eau
  • Non plastiques
  • Perméabilité élevée
  • Moins sensibles aux variations de teneur en eau

Cette distinction est cruciale car elle influence directement le comportement mécanique du sol, sa stabilité, et les méthodes de construction à adopter.

Dans la réalité, les sols sont généralement constitués d’un mélange de particules de différentes dimensions, représentant un état intermédiaire entre les sols grenus et les sols fins.

D. Paramètres dimensionnels et adimensionnels

Pour caractériser précisément un sol, on utilise divers paramètres :

  1. Paramètres dimensionnels :
    • Densité (ρ) : masse par unité de volume
    • Poids volumique (γ) : poids par unité de volume
    • Teneur en eau (w) : rapport entre la masse d’eau et la masse de sol sec
  2. Paramètres adimensionnels :
    • Porosité (n) : rapport du volume des vides au volume total
    • Indice des vides (e) : rapport du volume des vides au volume des solides
    • Degré de saturation (Sr) : proportion du volume des vides occupée par l’eau
    • Indice de plasticité (IP) : différence entre la limite de liquidité et la limite de plasticité

Ces paramètres sont essentiels pour comprendre et prédire le comportement des sols dans différentes conditions.

Il existe des relations importantes entre les différents paramètres. Par exemple :

  • Teneur en eau : w = Ww / Ws
  • Degré de saturation : Sr = Vw / Vv
  • Indice des vides : e = Vv / Vs
  • Porosité : n = Vv / V

Ces relations permettent de calculer certains paramètres à partir d’autres, ce qui est souvent utile dans la pratique de l’ingénierie géotechnique.

II – Classification des matériaux

La réalisation des remblais et des couches de forme nécessite d’étudier, pour des raisons économiques, la possibilité de réutiliser les matériaux de déblais extraits du sol avant de rechercher des matériaux d’emprunts. L’utilisation du Guide Technique pour la Réalisation des Remblais et des Couches de Forme (GTR) permet de :

  • Déterminer les caractéristiques des matériaux
  • Définir leurs conditions de mise en œuvre en tenant compte de la météorologie au moment des travaux

A. Classification des sols selon la nomenclature GTR (norme NF P 11-300)

La norme NF P 11-300, également connue sous le nom de Guide des Terrassements Routiers (GTR), est largement utilisée en France pour la classification des sols dans les travaux de terrassement. Cette classification est basée sur la granulométrie et l’état hydrique des sols. Elle distingue quatre grandes classes :

  • Classe A : Sols fins
  • A1 : Limons peu plastiques, silts alluvionnaires, etc.
  • A2 : Sables fins argileux, limons argileux, etc.
  • A3 : Argiles et argiles marneuses
  • A4 : Argiles et argiles marneuses très plastiques
  • Classe B : Sols sableux et graveleux avec fines
  • B1 : Sables silteux
  • B2 : Sables argileux
  • B3 : Graves silteuses
  • B4 : Graves argileuses
  • B5 : Sables et graves très silteux
  • Classe C : Sols comportant des fines et des gros éléments
  • C1 : Argiles à silex, argiles à meulière, etc.
  • C2 : Marnes, argilites, etc.
  • Classe D : Sols insensibles à l’eau
  • D1 : Sables et graves propres
  • D2 : Roches sédimentaires, magmatiques et métamorphiques
  • D3 : Sols organiques et sous-produits industriels

Cette classification permet aux ingénieurs de prédire le comportement des sols lors des travaux de terrassement et de choisir les méthodes de traitement appropriées.

Les paramètres retenus pour l’identification des sols sont :

  • Les paramètres de nature :
  • Granularité
  • Argilosité
  • Les paramètres de comportement mécanique :
  • Résistance à la fragmentation
  • Résistance à l’usure
  • Friabilité
  • Les paramètres d’état hydrique :
  • État hydrique

B. Essais de laboratoire : paramètres de nature

Pour classer correctement les sols selon la norme GTR, plusieurs essais de laboratoire sont nécessaires :

  • Analyse granulométrique : Détermine la distribution des tailles des particules.
  • Limites d’Atterberg : Mesure les limites de liquidité et de plasticité pour évaluer la plasticité des sols fins.
  • Valeur au bleu de méthylène : Évalue la quantité et l’activité des argiles présentes dans le sol.
  • Essai Proctor : Détermine la teneur en eau optimale pour le compactage.
  • Indice CBR (California Bearing Ratio) : Évalue la portance du sol.

Ces essais fournissent les données nécessaires pour classer précisément les sols et prédire leur comportement dans différentes conditions.

III – Les essais de laboratoire : paramètres de nature

A. Analyse granulométrique (NF P 94-056)

L’analyse granulométrique est un essai fondamental en géotechnique. Elle permet de déterminer la distribution des tailles des particules dans un échantillon de sol. La norme NF P 94-056 décrit la méthode par tamisage à sec après lavage.

Procédure :

  1. L’échantillon est séché, pesé, puis lavé sur un tamis de 80 μm pour éliminer les fines.
  2. Après séchage, le sol est tamisé à travers une série de tamis de mailles décroissantes.
  3. La masse de sol retenue sur chaque tamis est pesée.

Résultats :

  • Une courbe granulométrique est tracée, représentant le pourcentage cumulé de passants en fonction du diamètre des particules.
  • Des paramètres caractéristiques sont calculés, comme le D10, D30, D60 (diamètres correspondant à 10%, 30% et 60% de passants).

Importance : La granulométrie influence directement la perméabilité, la compressibilité et la résistance au cisaillement du sol. Une bonne compréhension de la distribution granulométrique est essentielle pour prédire le comportement du sol dans diverses applications géotechniques.

Termes à retenir :

  • d : dimension nominale d’ouverture d’un tamis
  • Tamisat : partie du matériau passant à travers les mailles d’un tamis
  • Classe granulométrique : ensemble des éléments dont les dimensions sont comprises entre deux ouvertures de tamis définissant un intervalle (ex: 0/50mm)
  • Courbe granulométrique : représentation graphique du pourcentage massique

Les paramètres importants pour les terrassements sont :

  • Dmax
  • Le pourcentage de passants < 2 mm
  • Le pourcentage de passants < 80 μm (pourcentage de fines)

B. Limites d’Atterberg – Indice de plasticité (NF P 94-057)

Les limites d’Atterberg caractérisent la sensibilité d’un sol fin à l’eau.

Procédure :

  1. Limite de liquidité (wL) : teneur en eau à laquelle le sol passe de l’état plastique à l’état liquide.
  2. Limite de plasticité (wP) : teneur en eau à laquelle le sol passe de l’état solide à l’état plastique.

Résultat : L’indice de plasticité (IP) est calculé comme la différence entre wL et wP.

Importance :

  • Elles permettent de prédire le comportement du sol sous différentes conditions hydriques.
  • Ces limites sont essentielles pour classifier les sols fins.

À partir des limites d’Atterberg, on peut calculer les indices suivants qui expriment la sensibilité à l’eau du sol (Ip) et sa consistance (Ic) par rapport à sa teneur en eau (Wn) :

  • Indice de plasticité : Ip = WL – WP
  • Indice de consistance : Ic = (WL – Wn) / Ip

C. Valeur au bleu du sol NF P 94 068

But de l’essai : Evaluer la richesse en argile d’un sol en mesurant sa capacité d’adsorption de molécules de bleu de méthylène.

L’essai consiste à introduire progressivement une solution de bleu de méthylène dans une suspension de sol dans l’eau. La quantité de bleu adsorbée par le sol est déterminée par un test à la tache sur papier filtre. Le résultat, exprimé en grammes de bleu pour 100 g de sol, permet d’évaluer la surface spécifique des particules du sol, qui est principalement liée à la quantité d’argile présente.

D. Equivalent de sable

But de l’essai : Déterminer, dans un sol, la proportion de sol fin et de sol grenu.

L’essai consiste à agiter une éprouvette contenant le sol à tester et une solution lavante. Après un temps de sédimentation, on mesure la hauteur de sédiment et la hauteur totale du floculat. Le rapport de ces deux hauteurs, exprimé en pourcentage, donne l’équivalent de sable.

Un équivalent de sable élevé indique un sol contenant peu de fines argileuses, tandis qu’un équivalent de sable faible indique un sol contenant une proportion importante de fines.

Cet essai est particulièrement utile pour évaluer la propreté des sables et des graves utilisés dans les travaux de génie civil, notamment dans la formulation des bétons et des enrobés bitumineux.

IV – Les essais de laboratoire : paramètres de comportement mécanique

A. Los Angeles (NF EN 1097-2)

L’essai Los Angeles évalue la résistance à l’usure et à la fragmentation des granulats sous l’effet d’actions mécaniques.

Procédure :

  1. Un échantillon de granulats est placé dans un tambour rotatif avec des billes d’acier.
  2. Le tambour est mis en rotation pendant un nombre défini de tours.
  3. Après l’essai, on mesure la quantité de matériau passant au tamis de 1,6 mm.

Résultat : Le coefficient Los Angeles (LA) est calculé comme le pourcentage de matériau passant au tamis de 1,6 mm après l’essai.

Expression des résultats :

LA = % éléments < 1,6 mm produits après essai

Importance :

  • L’essai Los Angeles est crucial pour évaluer la durabilité des granulats utilisés dans les chaussées et les voies ferrées.
  • Un coefficient LA faible indique une meilleure résistance à l’usure et à la fragmentation.

B. Micro-Deval en présence d’eau (MDE)

L’essai Micro-Deval évalue la résistance à l’usure des granulats par frottement en présence d’eau.

Procédure :

  1. Un échantillon de granulats est placé dans un cylindre avec de l’eau et des billes d’acier.
  2. Le cylindre est mis en rotation pendant un temps défini.
  3. Après l’essai, on mesure la quantité de matériau passant au tamis de 1,6 mm.

Résultat : Le coefficient Micro-Deval (MDE) est calculé comme le pourcentage de matériau passant au tamis de 1,6 mm après l’essai.

Expression des résultats :

MDE = % éléments < 1,6 mm produits après essai

Importance :

  • L’essai Micro-Deval est particulièrement pertinent pour évaluer la durabilité des granulats dans des environnements humides ou subaquatiques.
  • Un faible coefficient MDE indique une meilleure résistance à l’usure en présence d’eau.

C. Friabilité des sables

Protocole similaire à celui de l’essai Micro-Deval.

Fraction étudiée : 0,2 – 2 mm ou 0,2 – 4 mm

On détermine la quantité de particules < 0,1 mm produite par la sollicitation.

Objectif : évaluer l’évolution des matériaux sableux sous le trafic de chantier.

V – Les essais de laboratoire : paramètres d’état hydrique

L’état hydrique d’un sol joue un rôle crucial dans son comportement mécanique.

Cinq états sont considérés pour l’état hydrique des sols :

  • État très sec (ts)
  • État sec (s)
  • État moyen (m)
  • État humide (h)
  • État très humide (th)

Plusieurs essais permettent de caractériser cet état :

A. Teneur en eau (NF P 94-050)

La teneur en eau est un paramètre crucial qui affecte de nombreuses propriétés du sol, notamment sa résistance, sa compressibilité et son comportement volumétrique.

Procédure :

  1. Un échantillon de sol humide est pesé.
  2. L’échantillon est séché à l’étuve à 105°C pendant 24 heures.
  3. L’échantillon sec est pesé à nouveau.

Calcul : Teneur en eau (w) = (masse d’eau / masse de sol sec) x 100%

Importance :

  • La teneur en eau naturelle d’un sol peut indiquer son état de consolidation et sa sensibilité aux variations de volume.
  • Pour les sols fins, la comparaison de la teneur en eau naturelle avec les limites d’Atterberg fournit des informations précieuses sur l’état du sol in situ.

B. Détermination optimum Proctor (NF P 94-093)

L’essai Proctor est utilisé pour déterminer la relation entre la teneur en eau et la densité sèche d’un sol compacté.

Procédure :

  1. Le sol est compacté dans un moule standard à différentes teneurs en eau.
  2. Pour chaque teneur en eau, on mesure la masse volumique sèche après compactage.

Résultats :

  • Une courbe Proctor est tracée, représentant la masse volumique sèche en fonction de la teneur en eau.
  • Le point culminant de cette courbe donne la teneur en eau optimale (wOPM) et la densité sèche maximale (ρdOPM).

Importance :

  • L’essai Proctor est crucial pour les travaux de terrassement, permettant de déterminer les conditions optimales de compactage.
  • Il aide à prévenir les problèmes de tassement et d’instabilité dans les remblais et les fondations.

C. Indice Portant Immédiat (IPI) (NF P 94-078)

L’IPI est un indicateur de la portance à court terme d’un sol compacté, particulièrement important pour les travaux routiers.

Procédure :

  1. Un échantillon de sol est compacté dans un moule CBR.
  2. Un piston est enfoncé dans l’échantillon à une vitesse constante.
  3. La force nécessaire pour enfoncer le piston est mesurée.

Calcul : L’IPI est exprimé comme le rapport entre la force mesurée et une force de référence, multiplié par 100.

Importance :

  • L’IPI permet d’évaluer la capacité du sol à supporter le trafic de chantier immédiatement après compactage.
  • Il est utilisé pour déterminer l’aptitude d’un sol à être utilisé en couche de forme ou en remblai.

L’essai est réalisé à l’aide d’une presse équipée d’un poinçon cylindrique de 49,6 mm de diamètre. Les essais sont réalisés sur les éprouvettes PROCTOR préalablement confectionnées.

VI – Classification des roches

Bien que moins fréquente que la classification des sols, la classification des roches est tout aussi importante en géotechnique, notamment pour les travaux en terrain rocheux.

A. Coefficient de Fragmentabilité (NF P 94-066)

Ce coefficient évalue la capacité d’une roche à se fragmenter sous l’effet de contraintes mécaniques.

Procédure :

  1. Un échantillon de roche est soumis à des cycles de compression/relâchement.
  2. On mesure l’évolution de la granulométrie de l’échantillon au cours des cycles.

Résultat : Le coefficient de fragmentabilité (FR) est calculé en fonction de l’évolution de la granulométrie.

Seuil retenu : FR = 7

  • FR < 7 : roche peu fragmentable
  • FR > 7 : roche fragmentable

Importance :

  • Crucial pour évaluer la stabilité des excavations en roche.
  • Utile pour prédire le comportement de la roche lors du concassage ou du forage.

B. Coefficient de Dégradabilité (NF P 94-067)

Ce coefficient évalue la sensibilité d’une roche à l’altération sous l’effet de cycles d’humidification/séchage.

Procédure :

  1. Un échantillon de roche est soumis à des cycles d’immersion dans l’eau et de séchage.
  2. On mesure l’évolution de la granulométrie de l’échantillon au cours des cycles.

Résultat : Le coefficient de dégradabilité (DG) est calculé en fonction de l’évolution de la granulométrie.

Seuils retenus DG = 20 et 5

  • DG > 20 : matériaux rocheux très dégradables
  • 5 < DG < 20 : matériaux rocheux moyennement dégradables
  • DG < 5 : matériaux rocheux peu dégradables

Importance :

  • Essentiel pour évaluer la durabilité des ouvrages en roche exposés aux intempéries.
  • Utile pour prédire l’évolution à long terme des talus rocheux.

C. Exemple

Prenons l’exemple d’un projet de tunnel routier dans un massif rocheux calcaire. Les essais de fragmentabilité et de dégradabilité ont donné les résultats suivants :

  • FR = 7 (moyennement fragmentable)
  • DG = 3 (peu dégradable)

Interprétation :

  • Le coefficient FR indique que la roche pourrait nécessiter des moyens de terrassement assez puissants, mais ne devrait pas poser de problèmes majeurs pour l’excavation.
  • Le faible coefficient DG suggère que les parois du tunnel devraient rester stables à long terme, avec un risque limité de chutes de blocs dues à l’altération.

Décisions de projet :

  • Choix d’un tunnelier adapté à une roche moyennement dure.
  • Conception d’un système de soutènement léger, principalement pour prévenir les chutes de petits blocs.
  • Planification d’inspections de maintenance espacées, la roche étant peu susceptible de se dégrader rapidement.

Cet exemple illustre comment la classification des roches influence directement les décisions techniques et économiques d’un projet géotechnique majeur.

VII – Tableaux de synthèse

Les tableaux suivants récapitulent la démarche d’identification des sols selon la classification GTR.

A. Limites Atterberg – Indice de plasticité (NF P 94-051)

Indice de Plasticité (IP)Classification
0 – 5Non plastique
5 – 15Peu plastique
15 – 40Plastique
> 40Très plastique

Importance :

  • L’IP est un indicateur clé du comportement des sols fins.
  • Un IP élevé indique une grande sensibilité aux variations de teneur en eau, ce qui peut entraîner des problèmes de gonflement/retrait.

B. Valeur au bleu du sol (VBS) (NF P 94-068)

VBSClassification
< 0,1Sol insensible à l’eau
0,1 – 2,5Sol sablo-limoneux
2,5 – 6Sol limono-argileux
6 – 8Sol argileux
> 8Sol très argileux

Importance :

  • La VBS est un indicateur de l’activité des argiles présentes dans le sol.
  • Une VBS élevée indique une forte sensibilité à l’eau, ce qui peut affecter la stabilité et la portance du sol.

C. Équivalent de sable (NF EN 933-8)

ES (%)Classification
< 65Sol argileux
65 – 75Sol légèrement argileux
75 – 85Sol propre
> 85Sol très propre

Importance :

  • L’équivalent de sable (ES) évalue la propreté des sables et des graves.
  • Un ES élevé indique un faible contenu en fines, ce qui est généralement favorable pour les matériaux de construction.

Tableau synthétique de la classification GTR pour les sols A, B C et D

Tableau synthétique de la classification GTR pour les sols A, B C et D

Conclusion

La classification des sols est une compétence fondamentale pour tout ingénieur géotechnicien aspirant à l’excellence. Ce domaine, à l’intersection de la géologie et de l’ingénierie civile, exige une compréhension approfondie des propriétés et du comportement des sols sous diverses conditions. La maîtrise de la classification des sols est souvent la clé du succès ou de l’échec d’un projet géotechnique.

Ce guide exhaustif vise à fournir les connaissances théoriques essentielles et les insights pratiques que seule l’expérience peut apporter. Nous explorerons les méthodes de classification, les essais de laboratoire cruciaux, et leurs implications pratiques dans des projets réels.

Que vous soyez débutant ou professionnel chevronné, ce guide vous accompagnera à travers les subtilités de la classification des sols, vous permettant d’exceller dans votre domaine et de contribuer significativement à la sécurité et à la durabilité de nos infrastructures.

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