Les 16 Essais de Laboratoire Géotechnique : Guide Complet

Les essais de laboratoire géotechnique constituent le fondement de toute étude géotechnique selon la norme NF P94-500. Ces essais permettent de caractériser les propriétés physiques, mécaniques et hydrauliques des sols pour dimensionner les fondations, structures de chaussée et ouvrages en terre conformément aux normes françaises définies par l’AFNOR et au Guide des Terrassements Routiers (GTR) publié par le Cerema.

Ils mesurent avec précision la résistance au cisaillement, la compressibilité, la perméabilité, la granulométrie et la densité des sols. Ces paramètres sont indispensables pour concevoir des fondations sûres, dimensionner des routes durables et garantir la stabilité des infrastructures.

Ce guide complet présente les 16 essais de laboratoire géotechnique indispensables pour toute mission G2 selon la norme NF P94-500, avec leurs normes, procédures et applications pratiques sur les projets de terrassement et de fondations.

📋 Dans ce guide complet, vous trouverez :

  • 16 essais géotechniques essentiels avec procédures détaillées
  • Paramètres mesurés et formules de calcul
  • Schémas techniques pour chaque méthode
  • Applications pratiques en génie civil et construction
  • Normes ASTM, NF et ISO applicables

Tableau récapitulatif des essais géotechniques

Essai Propriété mesurée Application principale Norme
Cisaillement direct c, φ (cohésion, frottement) Stabilité des pentes ASTM D3080
Triaxial (UU, CU, CD) Résistance au cisaillement Fondations profondes ASTM D2850
CBR Portance du sol Chaussées NF P94-078
Œdomètre Compressibilité Tassements ASTM D2435
Proctor Densité optimale Compactage NF P94-093
Granulométrie Distribution grains Classification NF P94-056
Limites d’Atterberg Plasticité Sols fins NF P94-051
Perméabilité Conductivité hydraulique Drainage ASTM D2434
Schéma des 16 essais de laboratoire géotechnique par catégorie

Quels sont les différents types d’essais de cisaillement et leurs conditions de drainage ?

Les essais de cisaillement en laboratoire permettent de déterminer la résistance au cisaillement des sols, exprimée par la cohésion (c) et l’angle de frottement interne (φ). Ces paramètres sont indispensables pour analyser la stabilité des pentes, dimensionner les fondations et calculer les pressions des terres.

Critère de rupture de Mohr-Coulomb :

τ = c + σ · tan(φ)

τ = contrainte de cisaillement (kPa)  |  c = cohésion (kPa)  |  σ = contrainte normale (kPa)  |  φ = angle de frottement interne (°)

#1. Essai de cisaillement direct : principe, procédure et applications

L’essai de cisaillement direct consiste à appliquer une contrainte normale sur un échantillon de sol puis à imposer un déplacement horizontal contrôlé afin de mesurer la contrainte de rupture. Il permet de déterminer la cohésion (c) et l’angle de frottement interne (φ).

Procédure :

  1. L’échantillon est placé dans une boîte de cisaillement divisée horizontalement en deux parties.
  2. Une charge normale (σ) est appliquée verticalement sur l’échantillon.
  3. La partie supérieure de la boîte est déplacée horizontalement à vitesse constante et contrôlée.
  4. La force de cisaillement (τ) est mesurée en fonction du déplacement jusqu’à la rupture.
  5. L’essai est répété sous 3 charges normales différentes pour tracer l’enveloppe de Mohr-Coulomb.
📖 Normes applicables : ASTM D3080 | NF P94-071-1 (sols fins) | NF P94-071-2 (sols grenus)
schéma essai de cisaillement direct

Avantages de l’Essai de cisaillement direct

  • Test simple, rapide et peu coûteux
  • Détermine directement c et φ
  • Appareillage disponible dans tous les laboratoires
  • Adapté aux sables, graviers et argiles remaniées

Limites de l’Essai de cisaillement direct

  • Drainage non contrôlé pendant le cisaillement
  • Surface de rupture imposée horizontalement (non naturelle)
  • Distribution des contraintes non uniforme dans l’échantillon
  • Résultats moins précis pour les argiles sensibles

⚠️ Point critique en pratique

La vitesse de cisaillement doit être adaptée au type de sol : lente pour les argiles (0,01 à 0,1 mm/min) afin de permettre la dissipation des pressions interstitielles, plus rapide pour les sables (0,5 à 1 mm/min). Une vitesse mal choisie fausse complètement les paramètres c et φ obtenus.

📘 Approfondir l’essai de cisaillement direct

Consultez notre guide complet détaillé : procédure complète, calculs, erreurs fréquentes et interprétation avancée.

Guide complet essai de cisaillement direct →

#2. Essai de compression triaxiale : principe, types UU, CU et CD

L’essai triaxial est l’essai de cisaillement le plus complet en géotechnique. Il permet de contrôler les conditions de drainage, de mesurer les pressions interstitielles et de déterminer les paramètres de résistance effectifs (c’ et φ’), reproduisant fidèlement les conditions du terrain.

Quels sont les trois types d’essais triaxiaux (UU, CU, CD) ?

Les essais triaxiaux se distinguent selon les conditions de consolidation et de drainage appliquées pendant la phase de cisaillement.

Type Consolidation Drainage cisaillement Application
UU (Non consolidé – Non drainé) Non Non Analyse à court terme, argiles molles
CU (Consolidé – Non drainé) Oui Non Stabilité pendant construction
CD (Consolidé – Drainé) Oui Oui Analyse à long terme, sables

Procédure générale de l’essai triaxial

L’échantillon cylindrique est enveloppé dans une membrane imperméable et placé dans la cellule triaxiale.

  1. L’échantillon cylindrique est enveloppé dans une membrane imperméable et placé dans la cellule triaxiale.
  2. Une pression de confinement σ3 est appliquée via l’eau dans la cellule.
  3. Selon le type d’essai (UU, CU ou CD), l’échantillon est consolidé sous σ3.
  4. Une charge axiale σ1 croissante est appliquée jusqu’à la rupture.
  5. Les cercles de Mohr sont tracés afin de déterminer les paramètres de résistance c et φ.
📖 Normes applicables : ASTM D2850 (UU) | ASTM D4767 (CU) | ASTM D7181 (CD) | NF P94-074
Schéma de l’Essai de Compression Triaxiale

Avantages de l’essai triaxial

  • Contrôle précis des conditions de drainage
  • Mesure des pressions interstitielles (essai CU)
  • Simulation réaliste des conditions in situ
  • Applicable aux sols cohérents et granulaires
  • Détermination des paramètres effectifs c’ et φ’

Limites de l’essai triaxial

  • Équipement coûteux et complexe
  • Durée d’essai importante (notamment CD sur argiles)
  • Préparation des échantillons délicate
  • Nécessite un personnel qualifié

⚠️ Point critique en pratique

La vitesse de cisaillement doit être adaptée au type de sol : lente pour les argiles (0,01 à 0,1 mm/min) afin de permettre la dissipation des pressions interstitielles, plus rapide pour les sables (0,5 à 1 mm/min). Une vitesse mal choisie fausse complètement les paramètres c et φ obtenus.

L’essai triaxial est généralement privilégié pour les études de stabilité des pentes, le dimensionnement des fondations profondes et l’analyse des sols argileux sensibles.

📘 Approfondir l’essai de compression triaxiale

Consultez notre guide complet détaillé : types d’essais (UU, CU, CD), procédures, interprétation des cercles de Mohr et applications pratiques.

Tout savoir sur l’essai triaxial UU, CU et CD →

#3. Essai de compression simple non confinée (UCS) : principe et calcul de Cu

L’essai de compression simple non confinée (UCS) permet de déterminer la résistance non drainée d’un sol cohérent sans pression de confinement. La résistance au cisaillement non drainée est obtenue par la relation Cu = qu/2.

Objectif : mesurer la résistance en compression d’un sol cohérent saturé et déterminer rapidement la résistance non drainée (Cu), utilisée pour l’analyse à court terme des argiles.

Procédure de l’essai UCS

  1. Un échantillon cylindrique est préparé (rapport hauteur/diamètre H/D ≈ 2).
  2. L’échantillon est placé entre les plateaux de la presse.
  3. Une charge axiale est appliquée à vitesse constante.
  4. La contrainte maximale (qu) est enregistrée à la rupture.
  5. La résistance au cisaillement non drainée est calculée : Cu = qu / 2.
📖 Normes applicables : ASTM D2166 | NF P94-077
Schéma de l’Essai de Compression Simple Non Confinée (UCS)

Avantages de l’essai de compression simple

  • Essai rapide (moins de 15 minutes)
  • Méthode simple et économique
  • Adapté aux argiles saturées
  • Permet une estimation rapide de la portance à court terme

Limites de l’essai UCS

  • Applicable uniquement aux sols cohérents (argiles, limons plastiques)
  • Absence de pression de confinement
  • Résultats conservateurs
  • Sensible aux perturbations lors du prélèvement

L’essai UCS est particulièrement utilisé pour les études géotechniques à court terme, notamment pour l’analyse des talus temporaires et des fondations superficielles sur argiles molles.

📘 Approfondir l’essai de compression simple non confinée

Consultez notre guide complet détaillé : protocole normalisé, calcul de Cu, courbes contrainte-déformation et cas d’application.

Protocole détaillé essai de compression simple →

#4. Essai au scissomètre de laboratoire (Vane Test) : mesure de Cu des argiles molles

L’essai au scissomètre (Vane Test) permet de mesurer directement la résistance au cisaillement non drainée (Cu) des argiles molles à très molles. Il est particulièrement adapté aux sols sensibles pour lesquels l’échantillonnage provoque un remaniement important.

Objectif : déterminer la résistance non drainée (Cu) des argiles saturées à très faible résistance et évaluer leur sensibilité en comparant la résistance intacte et résiduelle.

Procédure de l’essai au scissomètre

  1. La palette cruciforme (vane) est introduite verticalement dans l’échantillon d’argile molle.
  2. La palette est tournée à vitesse constante (environ 6° par minute).
  3. Le couple maximal (T) nécessaire à la rotation est mesuré.
  4. La résistance au cisaillement Cu est calculée à partir du couple et des dimensions de la palette.
  5. La rotation est poursuivie pour mesurer la résistance résiduelle et déterminer la sensibilité du sol.
📖 Normes applicables : ASTM D2166 | NF P94-077

⚠️ Domaine d’application

Le scissomètre est adapté uniquement aux argiles molles à très molles (Cu < 50 kPa). Pour les sols plus résistants, l’essai triaxial ou le cisaillement direct sont plus appropriés.

L’essai au scissomètre est particulièrement utilisé pour les études géotechniques en sols compressibles, les projets en zones marécageuses et les fondations sur argiles très molles.

📘 Approfondir l’essai au scissomètre de laboratoire

Consultez notre guide complet détaillé : principe de mesure, calcul de la cohésion non drainée Cu et interprétation pour argiles molles.

Guide complet essai scissométrique →

Essais de Portance et de Compactage

#5. Essai CBR (California Bearing Ratio) : Mesure de la Portance des Sols

L’essai CBR (California Bearing Ratio) mesure l’indice de portance d’un sol pour le dimensionnement des chaussées routières et aéroportuaires. L’indice CBR compare la résistance du sol testé à celle d’un matériau de référence normalisé.

Objectif : déterminer l’indice CBR d’un sol ou d’un matériau granulaire pour évaluer sa capacité portante et dimensionner les structures de chaussée (corps de chaussée, couches de fondation et sous-couche).

Procédure de l’essai CBR selon NF P94-078

  1. L’échantillon de sol est compacté dans un moule CBR normalisé (diamètre 152 mm) selon l’énergie Proctor modifié.
  2. Le moule est immergé dans l’eau pendant 96 heures pour simuler les conditions de saturation les plus défavorables.
  3. Le gonflement du sol est mesuré pendant l’immersion (paramètre critique pour les sols argileux).
  4. Un piston normalisé (section 19,4 cm²) pénètre l’échantillon à vitesse constante (1,27 mm/min).
  5. Les forces de pénétration sont mesurées à 2,5 mm et 5 mm de profondeur.

Calcul de l’indice CBR :

CBR (%) = (Force mesurée / Force de référence) × 100

Valeurs de référence :
– Pénétration 2,5 mm → Force = 13,2 kN (1350 kgf)
– Pénétration 5,0 mm → Force = 20 kN (2055 kgf)
On retient la valeur maximale des deux mesures.

📖 Normes applicables : NF P94-078 (CBR après immersion) | ASTM D1883 | NF EN 13286-47 (matériaux traités)
Schéma de l’Essai CBR

Avantages de l’essai CBR

  • Méthode normalisée internationale reconnue
  • Résultat directement exploitable pour le dimensionnement des chaussées
  • Inclut la simulation des conditions de saturation (96h d’immersion)
  • Mesure du gonflement pour les sols expansifs
  • Corrélation établie avec les épaisseurs de chaussée (catalogue français)

Limites de l’essai CBR

  • Essai empirique sans base théorique rigoureuse
  • Résultats sensibles à l’énergie de compactage et à la teneur en eau
  • Durée longue (minimum 4 jours avec immersion)
  • Ne représente pas toujours les sollicitations réelles du trafic
  • Difficulté pour les sols très mous (CBR < 2%)

⚠️ Point critique : Interprétation de l’indice CBR

Un CBR élevé ne signifie pas automatiquement un bon sol de plateforme. Il faut systématiquement vérifier :

  • Le gonflement pendant l’immersion (< 0,5% acceptable)
  • La sensibilité à l’eau (perte de portance)
  • La compressibilité sous charge cyclique

Un sol avec CBR = 20% mais gonflement = 5% est impropre pour une plateforme routière.

Classification des sols selon l’indice CBR

Indice CBR (%) Qualité du sol Utilisation en chaussée
CBR < 3 Très mauvais Inutilisable sans traitement
3 < CBR < 5 Mauvais Sous-couche avec traitement à la chaux
5 < CBR < 10 Moyen Sous-couche acceptable
10 < CBR < 20 Bon Couche de fondation
20 < CBR < 30 Très bon Couche de base (trafic faible)
CBR > 30 Excellent Couche de base (tous trafics)

L’essai CBR est l’essai de référence pour le dimensionnement des structures de chaussée selon le catalogue français des structures types ou la méthode AASHTO américaine. Il permet de déterminer les épaisseurs nécessaires des couches de base, fondation et sous-couche en fonction du trafic attendu. Pour les projets routiers et aéroportuaires, l’indice CBR est le critère principal de classification des sols de plateforme (PF1 à PF4 selon la norme NF P11-300).

📘 Approfondir l’essai CBR (California Bearing Ratio)

Consultez notre guide complet détaillé : protocole d’imbibition, mesure du gonflement, calculs et classification des plateformes.

Méthode complète essai CBR selon NF P94-078 →

#6. Essai Proctor (Standard et Modifié) : Densité Sèche Maximale et Teneur en Eau Optimale

L’essai Proctor détermine la densité sèche maximale (γd max) et la teneur en eau optimale (wopt) d’un sol compacté. Ces paramètres sont essentiels pour le contrôle qualité du compactage des remblais, barrages et plateformes routières.

Objectif : établir la courbe Proctor reliant la densité sèche à la teneur en eau pour une énergie de compactage donnée, afin de déterminer les conditions optimales de mise en œuvre des sols en remblai et d’assurer un compactage performant sur chantier.</p>

Essai Proctor : Principe et Types (Standard vs Modifié)

Proctor Standard vs Proctor Modifié : Quelle différence ?
Caractéristique Proctor Standard Proctor Modifié
Norme NF P94-093 NF P94-093
Masse dame 2,49 kg 4,54 kg
Hauteur chute 305 mm 457 mm
Nombre couches 3 5
Coups/couche 25 25
Énergie totale 592 kJ/m³ 2 700 kJ/m³
Application Petits remblais, petits chantiers Chaussées, barrages, grands remblais

Procédure de l’essai Proctor modifié (NF P94-093)

  1. Le sol est préparé et séché à l’air libre, puis tamisé à 20 mm.
  2. Plusieurs échantillons sont préparés avec des teneurs en eau croissantes (généralement 5 à 6 points).
  3. Chaque échantillon est compacté dans un moule Proctor normalisé (diamètre 152 mm) en 5 couches de 25 coups chacune.
  4. La dame de 4,54 kg chute d’une hauteur de 457 mm pour chaque coup.
  5. Après compactage, l’échantillon est pesé et la densité humide est calculée.
  6. Un prélèvement est séché au four pour déterminer la teneur en eau.
  7. La densité sèche est calculée pour chaque point : γd = γh / (1 + w)
  8. La courbe Proctor est tracée (γd en fonction de w) et le point optimal est déterminé.

Formules de l’essai Proctor :

γd = γh / (1 + w)

γd = densité sèche (t/m³ ou kN/m³)
γh = densité humide mesurée (t/m³)
w = teneur en eau (en décimal, ex : 0,12 pour 12%)


Énergie de compactage :

E = (N × n × M × h) / V

N = nombre de coups par couche (25)
n = nombre de couches (5 pour Proctor modifié)
M = masse dame (4,54 kg)
h = hauteur chute (0,457 m)
V = volume moule (2,12 × 10⁻³ m³)

📖 Normes applicables : NF P94-093 (Proctor standard et modifié) | ASTM D698 (Standard) | ASTM D1557 (Modifié) | NF EN 13286-2
Schéma de l’Essai Proctor

Avantages de l’essai Proctor

  • Essai normalisé de référence pour le compactage
  • Détermine directement γd max et wopt exploitables sur chantier
  • Permet le contrôle qualité par rapport à un objectif de densité (95% OPM, 98% OPM)
  • Reproductible et peu coûteux
  • Adapté à tous types de sols (sauf matériaux rocheux > 20 mm)

Limites de l’essai Proctor

  • Ne représente pas exactement les conditions de compactage de chantier (énergie, cinématique différente)
  • Sensible à l’opérateur (technique de compactage)
  • Durée longue (minimum 4 heures pour une courbe complète)
  • Difficile pour sols très argileux (séchage long)
  • Granulométrie limitée à 20 mm (moule standard)

⚠️ Point critique : Teneur en eau sur chantier

La teneur en eau optimale (wopt) déterminée en laboratoire est rarement applicable directement sur chantier en raison des variations climatiques. En pratique, on tolère une plage :

  • wopt – 2% à wopt + 1% pour les sols argileux
  • wopt – 1% à wopt + 2% pour les sols sableux

Au-delà de cette plage, le compactage devient inefficace et la portance chute drastiquement.

💡 Application pratique : Contrôle de compactage sur chantier

Situation : Remblai routier en argile limoneuse

Essai Proctor modifié :

  • γd max = 1,92 t/m³
  • wopt = 14,5%

Objectif chantier : Atteindre 95% OPM (Optimum Proctor Modifié)

Densité cible : γd ≥ 1,92 × 0,95 = 1,82 t/m³

Plage de teneur en eau : 12,5% à 15,5%

Le contrôle est réalisé par gammadensimètre nucléaire ou densitomètre à membrane tous les 500 m² de plateforme.

Quelle est la différence entre 95% OPM et 98% OPM ?

95% OPM signifie que la densité sèche sur chantier doit atteindre au minimum 95% de la densité sèche maximale (γd max) déterminée par l’essai Proctor modifié.
98% OPM impose une exigence plus stricte (98% de γd max), utilisée pour les zones fortement sollicitées comme les corps de chaussée.

👉 98% OPM = compactage plus élevé, portance supérieure et déformations réduites.

Comment interpréter la courbe Proctor ?

La courbe Proctor a une forme en cloche caractéristique. À gauche du point optimal, le sol est sec et difficile à compacter (frottement inter-granulaire élevé). À droite, le sol est trop humide et l’eau empêche le rapprochement des grains (effet lubrifiant excessif). Le sommet de la courbe représente le compromis optimal où l’eau facilite le réarrangement des particules sans excès. La courbe de saturation théorique (Sr = 100%) limite la courbe Proctor à droite : aucun compactage ne peut dépasser cette limite physique.

L’essai Proctor est la méthode de référence pour le contrôle qualité du compactage des remblais routiers, des barrages en terre et des plateformes industrielles. Les spécifications techniques imposent généralement un objectif de 95% OPM pour les remblais courants et 98% OPM pour les corps de chaussée. Les CCTP (Cahiers des Clauses Techniques Particulières) des marchés publics font systématiquement référence à l’essai Proctor modifié selon la norme NF P94-093 pour définir les seuils de réception des terrassements.

📘 Approfondir l’essai Proctor

Consultez notre guide complet détaillé : différence Proctor standard/modifié, tracé de la courbe, détermination wopt et γd max.

Tout savoir sur l’essai Proctor standard et modifié →

Essais d’Identification et de Caractérisation Physique des Sols

Les essais d’identification permettent de caractériser les propriétés physiques intrinsèques des sols, indépendamment de leur état de compacité ou de saturation. Ces paramètres fondamentaux sont utilisés dans tous les calculs géotechniques : porosité, degré de saturation, indice des vides, et classification des sols.

Les essais de laboratoire géotechnique d’identification constituent la première étape de caractérisation des sols. Ces essais permettent de classer les matériaux selon le GTR et d’estimer leurs propriétés mécaniques par corrélations empiriques.

#7. Détermination de la densité des particules solides (Gs) : Méthodes du pycnomètre et du flacon de densité

La densité des particules solides (Gs) représente le rapport entre la masse volumique des grains solides et celle de l’eau. Ce paramètre fondamental varie de 2,60 à 2,75 pour les sols courants et sert au calcul de la porosité, de l’indice des vides et du degré de saturation.

Objectif : mesurer avec précision la densité absolue des grains solides constituant le sol (Gs), paramètre essentiel pour calculer l’indice des vides (e), la porosité (n), le degré de saturation (Sr), et pour l’analyse granulométrique par sédimentation (méthode de l’hydromètre).

Formule de la densité des particules solides :

Gs = ρs / ρw

Gs = densité relative des particules solides (sans unité)
ρs = masse volumique des grains solides (g/cm³ ou kg/m³)
ρw = masse volumique de l’eau à 20°C = 1,00 g/cm³


Valeurs typiques de Gs :

– Sables siliceux : 2,65 – 2,67
– Argiles : 2,60 – 2,75
– Sols organiques : 2,50 – 2,60
– Sols calcaires : 2,70 – 2,75
– Tourbe : 1,40 – 1,80

Mesure de la Densité des Grains Solides (Gs)

#7.1. Comment mesurer la densité des grains avec un pycnomètre ? (sols fins)

Le pycnomètre est la méthode de référence pour les sols fins (argiles, limons, sables fins). Elle offre la meilleure précision grâce à un volume calibré avec exactitude.

Procédure :
  1. Un échantillon de sol sec (50 à 100 g) est pesé avec précision (Ms).
  2. Le sol est introduit dans le pycnomètre calibré (capacité 50 à 100 ml).
  3. De l’eau désaérée est ajoutée jusqu’à remplir environ 3/4 du volume.
  4. Le mélange est agité pour éliminer les bulles d’air piégées (10-15 min sous vide ou par ébullition douce).
  5. Le pycnomètre est rempli complètement d’eau à température contrôlée (20°C ± 0,5°C).
  6. L’ensemble (pycnomètre + sol + eau) est pesé (M1).
  7. Le pycnomètre rempli d’eau seule est pesé pour référence (M2).
  8. La densité Gs est calculée à partir des masses mesurées.

Calcul avec pycnomètre :

Gs = Ms / [(Ms + M2) – M1]

Ms = masse sol sec (g)
M1 = masse (pycnomètre + sol + eau) (g)
M2 = masse (pycnomètre + eau seule) (g)

#7.2. Essai au flacon de densité pour sols grenus (graviers et sables grossiers)

Le flacon de densité est utilisé pour les sols contenant des éléments plus grossiers (graviers, sables grossiers). Il fonctionne sur le même principe que le pycnomètre mais avec un volume plus grand permettant d’accommoder des particules de 5 à 40 mm.

Procédure
  1. Un échantillon de sol sec plus important (200 à 500 g) est nécessaire pour représentativité.
  2. Le flacon de densité (capacité 500 ml à 1 litre) est utilisé à la place du pycnomètre.
  3. La procédure est identique : sol + eau, élimination bulles, pesées.
  4. Le calcul de Gs utilise la même formule que pour le pycnomètre.
📖 Normes applicables : NF P94-054 (pycnomètre) | ASTM D854 | NF EN 1097-7 (matériaux granulaires) | ASTM C128 (granulats)

Avantages de la mesure de Gs

  • Mesure directe d’un paramètre physique fondamental
  • Excellente reproductibilité (± 0,01) avec le pycnomètre
  • Applicable à tous types de sols (fins et grenus)
  • Essai rapide (2 à 3 heures incluant désaération)
  • Résultat stable pour un type de sol donné (peu de variabilité)

Limites et précautions

  • Nécessite une désaération complète (sinon surestimation de Gs)
  • Sensible à la température (contrôle strict à 20°C requis)
  • Difficile pour sols organiques (matière organique légère)
  • Pour sols > 40 mm, nécessite dispositif spécial
  • Séchage préalable peut altérer certaines argiles gonflantes

⚠️ Point critique : Désaération complète obligatoire

La désaération est l’étape la plus critique de l’essai. Les bulles d’air piégées autour des grains faussent complètement le résultat en augmentant artificiellement le volume apparent.

Méthodes de désaération :

  • Vide (recommandé) : Pycnomètre sous cloche à vide pendant 10-15 min
  • Ébullition douce : Chauffage progressif 10-15 min
  • Agitation prolongée : Pour sols peu cohésifs

Une désaération incomplète entraîne une surestimation de Gs de 0,05 à 0,10, ce qui fausse tous les calculs ultérieurs de porosité et saturation.

💡 Application pratique : Calcul de la porosité et du degré de saturation

Données mesurées sur un sable limoneux :

  • Gs = 2,67 (déterminé au pycnomètre)
  • Densité humide en place γh = 1,95 t/m³
  • Teneur en eau w = 12%

Calculs dérivés :

→ Densité sèche : γd = γh / (1 + w) = 1,95 / 1,12 = 1,74 t/m³

→ Indice des vides : e = (Gs × γw / γd) – 1 = (2,67 × 1,00 / 1,74) – 1 = 0,53

→ Porosité : n = e / (1 + e) = 0,53 / 1,53 = 35%

→ Degré de saturation : Sr = (w × Gs) / e = (0,12 × 2,67) / 0,53 = 60%

Interprétation : Sol partiellement saturé (Sr = 60%), porosité moyenne (n = 35%), relativement lâche.

Calculs géotechniques nécessitant Gs : porosité, saturation et indice des vides

La valeur de Gs est indispensable pour de nombreux calculs et essais géotechniques :

  • Classification des sols selon la norme NF P11-300 et le GTR (Guide des Terrassements Routiers)
  • Calcul de l’indice des vides (e) et de la porosité (n) à partir de la densité sèche
  • Détermination du degré de saturation (Sr) pour évaluer l’état hydrique du sol
  • Analyse granulométrique par sédimentation (loi de Stokes nécessite Gs)
  • Calcul des contraintes effectives dans les sols saturés (principe de Terzaghi)
  • Dimensionnement des filtres et drains selon les critères de Terzaghi et Casagrande
  • Contrôle qualité des remblais (objectif de densification selon NF P94-093)
  • Classification des plateformes (PF1 à PF4) selon la norme NF P11-300

Une erreur de ±0,05 sur Gs entraîne une erreur de ±3% sur la porosité calculée, ce qui peut avoir des conséquences significatives sur la prédiction du comportement hydraulique du sol.

La détermination de la densité des particules solides Gs est un essai d’identification fondamental réalisé systématiquement dans toute campagne de reconnaissance géotechnique. Les laboratoires géotechniques utilisent cette valeur pour tous les calculs de mécanique des sols : classification selon NF P11-300 et GTR, diagramme de phases (solide-eau-air), analyse de compacité relative des sables, et interprétation des essais de laboratoire géotechniques (œdomètre, triaxial, consolidation). Pour les bureaux d’études géotechniques, Gs est un paramètre de référence présent dans tous les rapports de mission géotechnique G1, G2 et G5 selon la norme NF P94-500.


📘 Approfondir la détermination de la densité des particules solides (Gs)

Consultez nos guides complets détaillés : méthodes du pycnomètre et du flacon de densité, calculs et applications.

Méthode du pycnomètre → Méthode du flacon de densité →

#8. Détermination de la teneur en eau par séchage au four : Méthode normalisée

La teneur en eau (w) représente le rapport entre la masse d’eau contenue dans le sol et la masse de sol sec. Ce paramètre fondamental influence directement la résistance au cisaillement, la compressibilité et le comportement mécanique des sols.

Formule de la teneur en eau :

w = (Mw / Ms) × 100

w = teneur en eau (%)
Mw = masse d’eau dans le sol (g)
Ms = masse de sol sec (g)


Calcul à partir des pesées :

w = [(Mh – Ms) / Ms] × 100

Mh = masse sol humide (g)
Ms = masse sol sec après séchage (g)

Protocole de séchage au four selon la norme NF P94-050

  1. Prélever un échantillon représentatif de sol (minimum 100 g pour sols fins, 500 g pour sols grenus).
  2. Peser immédiatement l’échantillon humide avec précision (Mh) dans une tare tarée.
  3. Placer l’échantillon dans une étuve réglée à 105°C ± 5°C.
  4. Maintenir le séchage pendant 24 heures minimum (ou jusqu’à masse constante).
  5. Sortir l’échantillon et le placer dans un dessiccateur pour refroidissement (15-20 min).
  6. Peser l’échantillon sec refroidi (Ms).
  7. Calculer la teneur en eau : w = [(Mh – Ms) / Ms] × 100
  8. Pour vérification, remettre au four 2h et repeser (masse constante si variation < 0,1%).
📖 Normes applicables : NF P94-050 (teneur en eau pondérale) | NF EN ISO 17892-1 | ASTM D2216 (référence internationale)
Détermination de la Teneur en Eau (w)

Température de séchage adaptée au type de sol

Type de sol Température recommandée Raison
Sables, graviers 105°C ± 5°C Température standard (pas de minéraux sensibles)
Argiles, limons 105°C ± 5°C Température standard acceptable
Sols gypseux 60°C – 80°C Éviter déshydratation du gypse (CaSO₄·2H₂O)
Sols organiques, tourbes 60°C – 70°C Éviter combustion matière organique
Sols avec halloysite 60°C maximum Perte eau de constitution à T > 60°C

Applications de la teneur en eau dans les projets géotechniques

  • Contrôle de compactage sur chantier : vérification de la plage wopt ± 2% (Proctor)
  • Classification des sols selon le GTR et la norme NF P11-300 (état hydrique)
  • Interprétation des essais mécaniques (résistance, compressibilité dépendent de w)
  • Calcul du degré de saturation Sr = (w × Gs) / e
  • Évaluation de la portance (CBR immédiat vs CBR après immersion)
  • Détection des sols sensibles à l’eau (variation de portance)
  • Dimensionnement des traitements de sol à la chaux ou au ciment (teneur en eau critique)
  • Calcul de la densité sèche : γd = γh / (1 + w)

Sources d’erreur lors de la mesure de teneur en eau

  • Évaporation avant pesée : prélever et peser immédiatement (perte 0,5-1% par heure)
  • Séchage incomplet : vérifier masse constante (< 0,1% variation entre 2 pesées)
  • Température excessive : décomposition matière organique ou minéraux (gypse, halloysite)
  • Contamination balance : nettoyer après chaque pesée
  • Taille échantillon insuffisante : minimum 100 g (sols fins), 500 g (sols grenus)
  • Refroidissement sans dessiccateur : reprise d’humidité atmosphérique
  • Pour sols très humides (w > 100%) : augmenter temps de séchage à 48h

⚠️ Point critique : Prélèvement et conservation des échantillons

La teneur en eau évolue en permanence après prélèvement par évaporation naturelle. Les précautions suivantes sont impératives :

  • Prélèvement : Utiliser des tubes hermétiques ou sacs étanches immédiatement après carottage
  • Transport : Conserver en glacière si délai > 4h
  • Laboratoire : Peser dans les 2h suivant réception (ou conserver à 4°C maximum 48h)
  • Manipulation : Minimiser le temps exposition à l’air (évaporation = 0,5%/h pour argiles, 1-2%/h pour sables)

Une perte de 2% de teneur en eau peut faire passer un sol de « humide compactable » à « sec difficile à compacter » selon le GTR.

💡 Application pratique : Contrôle de compactage sur chantier routier

Situation : Plateforme en argile limoneuse

Essai Proctor modifié (référence laboratoire) :

  • γd max = 1,89 t/m³
  • wopt = 13,5%
  • Objectif chantier : 95% OPM avec w entre 11,5% et 14,5%

Contrôle sur prélèvement chantier :

1. Prélèvement de 500 g dans sac étanche → Pesée immédiate :

  • Mh = 565,2 g (sol humide)
  • Séchage 24h à 105°C
  • Ms = 497,8 g (sol sec)

2. Calcul teneur en eau :

w = [(565,2 – 497,8) / 497,8] × 100 = 13,5%

3. Mesure densité humide in situ (gammadensimètre) :

γh = 2,14 t/m³

4. Calcul densité sèche :

γd = γh / (1 + w) = 2,14 / 1,135 = 1,89 t/m³

5. Vérification objectif :

γd / γd max = 1,89 / 1,89 = 100% ✅

w = 13,5% (dans plage 11,5-14,5%) ✅

Conclusion : Compactage conforme, plateforme réceptionnée.

Méthodes de mesure rapide de teneur en eau sur chantier

Pour un contrôle rapide sur chantier (résultat en 10-15 min au lieu de 24h), plusieurs méthodes iternatives existent :

  • Méthode au carbure de calcium : réaction chimique CaC₂ + H₂O → pression mesurée. Précision ±1% pour w < 20%. Norme NF P94-049-1.
  • Méthode par micro-ondes : séchage accéléré à 300-600W pendant 5-10 min. Précision correcte si étalonnage préalable sur sol identique.
  • Sonde capacitive ou TDR : mesure indirecte via constante diélectrique. Résultat instantané mais nécessite calibration spécifique au sol.

Ces méthodes rapides sont utiles pour décision immédiate sur chantier, mais la méthode de référence par séchage au four reste obligatoire pour validation finale et réception des travaux.

La détermination de la teneur en eau selon la norme NF P94-050 est l’essai le plus fréquemment réalisé dans les laboratoires géotechniques français. Pour les chantiers de terrassement routier, le contrôle de teneur en eau est obligatoire selon le fascicule 2 du CCTG et le GTR pour vérifier la conformité du compactage.

Les bureaux d’études géotechniques intègrent systématiquement les valeurs de w dans les rapports de mission G1 (étude de site), G2 (conception) et G4 (supervision) selon la norme NF P94-500. Pour les plateformes classées PF2, PF3 ou PF4, la teneur en eau doit être comprise dans la plage wopt ± 2% définie par l’essai Proctor modifié de référence.

📘 Approfondir la détermination de la teneur en eau

Consultez notre guide complet détaillé : protocole de séchage au four, températures adaptées selon type de sol et sources d’erreur.

Guide détermination teneur en eau NF P94-050 →

#9. Analyse granulométrique : Courbe de distribution des tailles de particules

L’analyse granulométrique détermine la distribution des tailles de particules d’un sol par tamisage (éléments > 80 µm) et sédimentométrie (éléments < 80 µm). La courbe granulométrique obtenue permet la classification du sol selon le GTR et la norme NF P11-300.

Objectif : établir la courbe granulométrique représentant le pourcentage de particules passant à travers différents tamis, afin de classer le sol selon le GTR, vérifier la conformité aux fuseaux granulométriques (béton, enrobés), et calculer les coefficients d’uniformité (Cu) et de courbure (Cc) pour évaluer l’étalement de la granulométrie.

Paramètres de la courbe granulométrique :

Coefficient d’uniformité (Cu) :

Cu = D60 / D10


Coefficient de courbure (Cc) :

Cc = (D30)² / (D60 × D10)


Dxx = diamètre (en mm) correspondant à xx% de passant sur la courbe
Exemple : D60 = diamètre pour lequel 60% des particules sont plus petites

Interprétation :
– Cu > 4 (graviers) ou Cu > 6 (sables) → Sol bien gradué
– 1 < Cc < 3 → Bonne répartition granulométrique

#9.1. Analyse granulométrique par tamisage (particules > 80 µm)

Le tamisage est la méthode de référence pour déterminer la distribution des particules supérieures à 80 µm (tamis 0,080 mm). Elle consiste à faire passer le sol à travers une série de tamis à mailles carrées normalisées, empilés du plus grand au plus petit.

Procédure :

  1. Prélever un échantillon représentatif (minimum 500 g pour sables, 2 à 5 kg pour graviers selon Dmax).
  2. Sécher l’échantillon à l’étuve à 105°C jusqu’à masse constante.
  3. Peser l’échantillon sec total (M0).
  4. Empiler les tamis normalisés dans l’ordre décroissant : 80 – 63 – 50 – 40 – 31,5 – 20 – 10 – 5 – 2 – 1 – 0,5 – 0,315 – 0,160 – 0,080 mm.
  5. Verser l’échantillon sur le tamis supérieur et agiter manuellement ou mécaniquement (10-15 min).
  6. Peser le refus sur chaque tamis (masses cumulées Mi).
  7. Calculer les pourcentages de passants cumulés : % passant = [(M0 – Mi) / M0] × 100.
  8. Tracer la courbe granulométrique (% passant en fonction du diamètre en échelle semi-log).
📖 Normes applicables : NF P94-056 (tamisage) | NF EN 933-1 (granulats) | NF P94-057 (sédimentométrie) | NF P18-560 (module de finesse)

#9.2. Analyse par sédimentométrie à l’hydromètre (particules < 80 µm)

Pour les particules fines (argiles, limons) inférieures à 80 µm, la méthode par sédimentation est utilisée. Elle repose sur la loi de Stokes : les particules les plus grosses sédimentent plus rapidement que les fines. Un hydromètre mesure la densité de la suspension à intervalles réguliers.

Procédure :

  1. Prélever la fraction passant au tamis 80 µm (environ 50 g de sol sec).
  2. Disperser le sol dans une solution de défloculant (hexamétaphosphate de sodium).
  3. Agiter énergiquement pendant 10 minutes pour séparer les particules.
  4. Transvaser dans une éprouvette de 1000 ml et compléter avec de l’eau distillée.
  5. Agiter l’éprouvette et déclencher le chronomètre.
  6. Introduire l’hydromètre et noter les lectures à : 0,5 min – 1 min – 2 min – 5 min – 15 min – 30 min – 1h – 2h – 4h – 24h.
  7. Calculer le diamètre des particules en suspension à chaque lecture selon la loi de Stokes.
  8. Tracer la partie fine de la courbe granulométrique (< 80 µm).

Loi de Stokes pour le calcul du diamètre :

D = K × √(L/t)

D = diamètre des particules en suspension (mm)
L = profondeur d’immersion de l’hydromètre (cm)
t = temps écoulé depuis agitation (min)
K = constante dépendant de Gs, viscosité eau et température

Comment interpréter une courbe granulométrique ?

La courbe granulométrique se trace en portant en abscisse les diamètres des tamis en échelle logarithmique, et en ordonnée les pourcentages de passants cumulés en échelle linéaire. La forme de la courbe renseigne sur la qualité de la granulométrie :

Courbe Granulométrique

Courbe étalée (pente douce) : Sol bien gradué, contenant toutes les tailles de grains. Coefficient Cu élevé (> 6 pour sables, > 4 pour graviers). Bon pour les compactages et les filtres.

Courbe raide (pente forte) : Sol uniforme, avec des grains de tailles similaires. Coefficient Cu faible (< 4). Mauvais pour compactage (fort indice des vides), risque de ségrégation.

Courbe discontinue ou à palier : sol mal gradué, avec une fraction manquante

Coefficients Cu et Cc : Évaluation de l’étalement granulométrique

Les dénominations des fractions (sable, limon, gravier) varient légèrement selon la norme : en laboratoire (NF P94-056), le limon s’étend de 2 à 63 µm ; sur chantier (GTR / NF P11-300), cette limite monte à 80 µm. »

Type de sol Critère Cu Critère Cc Classification
Sable bien gradué (SW) Cu > 6 1 < Cc < 3 Sol de bonne qualité pour remblai
Sable mal gradué (SP) Cu < 6 Granulométrie uniforme, compactage difficile
Gravier bien gradué (GW) Cu > 4 1 < Cc < 3 Excellent pour corps de chaussée
Gravier mal gradué (GP) Cu < 4 Granulométrie serrée, portance limitée

À quoi sert l’analyse granulométrique en génie civil ?

  • Classification des sols pour terrassement selon le GTR (classes A, B, C, D)
  • Vérification de conformité aux fuseaux granulométriques (béton, enrobés bitumineux, graves)
  • Dimensionnement des filtres et drains (critères de Terzaghi : D15(filtre) / D85(sol) < 5)
  • Évaluation de la perméabilité (corrélation avec D10)
  • Sélection des matériaux pour couches de chaussée (0/31,5 mm, 0/20 mm, etc.)
  • Calcul du module de finesse des sables pour béton (NF P18-560)
  • Détection des sols sensibles au gel (teneur en fines < 80 µm > 3%)
  • Contrôle qualité des granulats (conformité NF EN 12620)

⚠️ Point critique : Lavage et séchage préalables

Pour obtenir une courbe granulométrique fiable, deux étapes préalables sont essentielles :

  • Lavage au tamis 80 µm : Éliminer les fines collées aux grains grossiers (peut représenter 5-15% du poids total)
  • Séchage complet à 105°C : Éviter l’agglomération des particules fines (argiles humides = masse unique non tamisable)

Sans lavage, le % de fines est sous-estimé de 5 à 15%, faussant la classification GTR. Un sol classé B3 (sableux) peut en réalité être B5 (limoneux) avec les fines correctement comptabilisées.

💡 Application pratique : Classification d’un sable pour béton

Données de l’analyse granulométrique :

  • Passant à 5 mm : 100%
  • Passant à 2 mm : 95%
  • Passant à 1 mm : 75%
  • Passant à 0,5 mm : 55%
  • Passant à 0,315 mm : 38% → D30 = 0,40 mm (interpolation)
  • Passant à 0,160 mm : 18% → D10 = 0,22 mm (interpolation)
  • Passant à 0,080 mm : 5%

Lecture graphique :

D60 = 0,68 mm (60% passant)

Calcul des coefficients :

→ Cu = D60 / D10 = 0,68 / 0,22 = 3,09

→ Cc = (D30)² / (D60 × D10) = (0,40)² / (0,68 × 0,22) = 0,16 / 0,15 = 1,07

Interprétation :

• Cu = 3,09 < 6 → Sable mal gradué (SP selon classification USCS, ou B1 selon GTR)

• Cc = 1,07 (entre 1 et 3) → Distribution correcte mais étendue insuffisante

• Module de finesse = 2,86 (somme refus cumulés / 100) → Acceptable pour béton

Conclusion : Sable utilisable pour béton mais nécessite correction granulométrique (ajout de fines ou mélange avec sable plus fin) pour améliorer maniabilité.

Calcul du module de finesse pour béton (NF P18-560)

Le module de finesse (MF) caractérise la finesse globale d’un sable. Il est calculé en additionnant les pourcentages de refus cumulés aux tamis de la série 0,160 – 0,315 – 0,630 – 1,25 – 2,5 – 5 mm, puis en divisant par 100.

Formule : MF = (Σ refus cumulés sur 6 tamis) / 100

Interprétation :

  • MF < 2,2 : Sable très fin (excès de fines, risque de ressuage béton)
  • 2,2 < MF < 2,8 : Sable fin à moyen (idéal pour béton courant)
  • 2,8 < MF < 3,5 : Sable grossier (bon pour béton hautes performances)
  • MF > 3,5 : Sable très grossier (surface spécifique faible, mauvaise maniabilité)

Le module de finesse est un critère de réception des sables pour centrale à béton selon la norme NF EN 12620.

L’analyse granulométrique selon les normes NF P94-056 et NF EN 933-1 est l’essai d’identification le plus important pour la classification des sols et des granulats. Les laboratoires géotechniques réalisent systématiquement cet essai pour tout projet de terrassement routier afin de vérifier la conformité au GTR et aux fuseaux des normes béton NF EN 206 et enrobés NF EN 13108.

Les coefficients d’uniformité Cu et de courbure Cc permettent de classer les sols selon la norme NF P11-300 en sols bien gradués (classes B1, D1) ou mal gradués (classes B3, C1). Pour les projets de chaussée, le catalogue des structures types LCPC impose des fuseaux granulométriques stricts pour les graves non traitées (0/31,5 ou 0/20 mm) utilisées en couche de fondation ou de base.

📘 Approfondir l’analyse granulométrique

Consultez notre guide complet détaillé : tamisage et sédimentométrie, tracé de la courbe, calcul Cu et Cc, classification GTR.

Méthode complète analyse granulométrique →

#10. Limites d’Atterberg : Caractérisation de la plasticité des sols fins

Les limites d’Atterberg définissent les seuils de teneur en eau marquant les changements d’état des sols fins argileux : limite de liquidité (LL), limite de plasticité (LP) et limite de retrait (LR). L’indice de plasticité IP = LL – LP caractérise le domaine plastique du sol.

Objectif : déterminer les teneurs en eau critiques qui délimitent les états liquide, plastique, semi-solide et solide d’un sol fin, afin de le classer selon le diagramme de Casagrande, évaluer son potentiel de gonflement-retrait, et prédire son comportement mécanique selon la norme NF P11-300 et le GTR.

Les 4 États de Consistance du Sol

Formules des limites d’Atterberg :

Indice de plasticité :

IP = LL – LP


Indice de consistance :

IC = (LL – w) / IP


Indice de liquidité :

IL = (w – LP) / IP


LL = limite de liquidité (%)
LP = limite de plasticité (%)
LR = limite de retrait (%)
w = teneur en eau naturelle (%)
IP = indice de plasticité (%)
IC = indice de consistance (sans unité)
IL = indice de liquidité (sans unité)

#10.1. Comment mesurer la limite de liquidité avec l’appareil de Casagrande ?

La limite de liquidité (LL) est la teneur en eau pour laquelle le sol passe de l’état plastique à l’état liquide. À cette teneur en eau, le sol perd toute résistance au cisaillement et s’écoule comme un liquide visqueux. L’essai de Casagrande est la méthode normalisée française.

Procédure de l’essai Casagrande :

  1. Préparer environ 200 g de sol passant au tamis 0,4 mm (fraction fine).
  2. Malaxer le sol avec de l’eau distillée jusqu’à obtenir une pâte homogène et malléable.
  3. Placer la pâte dans la coupelle de Casagrande et égaliser la surface (épaisseur 10 mm).
  4. Tracer une rainure normalisée au centre avec l’outil à rainurer (largeur 2 mm au fond, angle 90°).
  5. Tourner la manivelle à raison de 2 tours par seconde jusqu’à fermeture de la rainure sur 13 mm de longueur.
  6. Noter le nombre de coups nécessaires (N).
  7. Prélever un échantillon au niveau de la fermeture et déterminer sa teneur en eau (w).
  8. Répéter l’opération avec des teneurs en eau décroissantes pour obtenir 4 à 5 points de mesure (N variant de 15 à 35 coups).
  9. Tracer la courbe d’écoulement : log(N) en abscisse, w en ordonnée.
  10. La limite de liquidité LL correspond à w pour N = 25 coups (lecture sur la courbe).
📖 Normes applicables : NF P94-051 (limite de liquidité – Casagrande) | NF P94-052-1 (limite de plasticité) | NF EN ISO 17892-12 | ASTM D4318 (référence internationale)

#10.2. Détermination de la limite de plasticité par roulage manuel

La limite de plasticité (LP) est la teneur en eau à laquelle le sol passe de l’état plastique à l’état semi-solide. En dessous de LP, le sol devient friable et se fissure. L’essai consiste à rouler le sol en boudins de 3 mm de diamètre jusqu’à fissuration.

Procédure de l’essai :

1. Prélever environ 20 g de sol ayant servi à l’essai de liquidité.
2. Malaxer et rouler le sol entre les doigts pour réduire progressivement la teneur en eau par évaporation.
3. Former un boudin de 10 cm de longueur et 3 mm de diamètre en roulant sur une plaque de verre.
4. Si le boudin ne se fissure pas, continuer le malaxage pour réduire w.
5. Lorsque le boudin se fissure en fragments de 5 à 10 mm à 3 mm de diamètre, prélever les fragments.
6. Déterminer immédiatement la teneur en eau (séchage four) : c’est la limite de plasticité LP.
7. Répéter 2 à 3 fois et calculer la moyenne des valeurs obtenues.

#10.3. Essai de limite de retrait : Teneur en eau de fin de retrait volumique

La limite de retrait (LR) est la teneur en eau en dessous de laquelle le sol ne subit plus de réduction de volume malgré la poursuite du séchage. C’est la transition entre l’état semi-solide et l’état solide. Elle permet d’évaluer le potentiel de retrait des argiles.

Procédure de l’essai :

  1. Préparer une pâte de sol saturé (w > LL) avec environ 30 g de sol sec.
  2. Remplir complètement une coupelle cylindrique de volume connu V0 (environ 30 cm³).
  3. Peser l’ensemble (coupelle + sol humide).
  4. Laisser sécher à l’air libre puis à l’étuve à 105°C jusqu’à masse constante.
  5. Mesurer le volume final du sol sec Vs (par immersion dans du mercure ou par mesure des dimensions).
  6. Peser le sol sec Ms.
  7. Calculer la limite de retrait : LR = [(M0 – Ms) / Ms] × 100 – [(V0 – Vs) / Ms] × ρw

Formule simplifiée de la limite de retrait :

LR = w – [(V0 – Vs) / Ms] × ρw × 100

w = teneur en eau initiale (%)
V0 = volume initial sol humide (cm³)
Vs = volume final sol sec (cm³)
Ms = masse sol sec (g)
ρw = masse volumique eau = 1 g/cm³


Indice de retrait linéaire :
IR = [(V0 – Vs) / V0] × 100
– IR < 5% → Retrait faible
– 5% < IR < 10% → Retrait moyen
– IR > 10% → Retrait élevé (argiles gonflantes)

Classification des sols fins selon l’indice de plasticité IP

Indice de plasticité IP Classification Comportement Classe GTR
IP < 5% Non plastique Limons peu plastiques, sables fins B2, B4
5% < IP < 15% Faiblement plastique Limons argileux, argiles sableuses A2, B5
15% < IP < 40% Moyennement plastique Argiles limoneuses A3
IP > 40% Très plastique Argiles plastiques, argiles grasses A4

Abaque de plasticité de Casagrande : Classification CL, CH, ML, MH

Le diagramme de Casagrande permet de classer les sols fins en fonction de leur limite de liquidité (LL) et de leur indice de plasticité (IP). Le graphique représente IP en ordonnée et LL en abscisse, avec une ligne A d’équation IP = 0,73 (LL – 20) qui sépare les argiles (au-dessus) des limons (en dessous).

Diagramme de Casagrande — Abaque de Plasticité

Classification selon le diagramme :

  • CL (Clay Low plasticity) : Argile peu plastique → LL < 50% et IP > ligne A
  • CH (Clay High plasticity) : Argile très plastique → LL > 50% et IP > ligne A
  • ML (Silt Low plasticity) : Limon peu plastique → LL < 50% et IP < ligne A
  • MH (Silt High plasticity) : Limon très plastique → LL > 50% et IP < ligne A

La ligne U (ligne supérieure, IP = 0,9 (LL – 8)) délimite la zone des sols organiques au-dessus.

Cette classification internationale doit être complétée par la classification française GTR pour les projets de terrassement routier en France.

Applications pratiques des limites d’Atterberg

  • Classification des sols fins selon le GTR et la norme NF P11-300 (sous-classes A1 à A4)
  • Évaluation du potentiel de gonflement-retrait des argiles (IP > 25% = risque élevé)
  • Prédiction de la compressibilité : Cc ≈ 0,009 (LL – 10) (corrélation Terzaghi-Peck)
  • Détermination de la sensibilité à l’eau et aptitude au compactage
  • Calcul de l’activité de l’argile : A = IP / % argile (< 2 µm). Si A > 1,25 → argile active (smectite)
  • Évaluation du comportement routier (traficabilité des plateformes)
  • Dimensionnement des traitements à la chaux (dosage selon IP)
  • Détection des sols problématiques pour fondations superficielles

⚠️ Point critique : Indice de consistance IC et état du sol en place

L’indice de consistance IC = (LL – w) / IP indique l’état du sol dans son gisement naturel :

  • IC < 0 : Sol liquide (w > LL) → Argile molle, vase
  • 0 < IC < 0,5 : Sol plastique mou → Faible portance, tassements importants
  • 0,5 < IC < 0,75 : Sol plastique ferme → Portance moyenne
  • 0,75 < IC < 1 : Sol plastique raide → Bonne portance
  • IC > 1 : Sol semi-solide (w < LP) → Très raide, risque fissuration

Règle GTR : Pour utilisation en remblai, un sol argileux doit avoir IC > 1,1 (état semi-solide) OU être traité à la chaux pour atteindre cet état.

Une argile avec IC = 0,3 et IP = 35% est classée A4 et nécessite un traitement préalable (aération + chaux) avant réemploi en remblai.

💡 Application pratique : Classification d’une argile pour terrassement

Résultats des essais d’identification :

  • Limite de liquidité LL = 58%
  • Limite de plasticité LP = 26%
  • Limite de retrait LR = 14%
  • Teneur en eau naturelle w = 41%
  • Fraction argileuse (< 2 µm) = 38%

Calculs :

→ Indice de plasticité : IP = LL – LP = 58 – 26 = 32%

→ Indice de consistance : IC = (LL – w) / IP = (58 – 41) / 32 = 0,53

→ Indice de liquidité : IL = (w – LP) / IP = (41 – 26) / 32 = 0,47

→ Activité : A = IP / %argile = 32 / 38 = 0,84

Classification :

Diagramme de Casagrande : LL > 50% et IP > ligne A (IP = 27,7) → CH (argile très plastique)

GTR (NF P11-300) : IP = 32% (entre 25 et 40) → Classe A3 (argile moyennement plastique)

État : IC = 0,53 (entre 0,5 et 0,75) → Sol plastique ferme

Activité : A = 0,84 < 1,25 → Argile peu active (illite ou kaolinite)

Recommandations pour terrassement :

• Sol inapte en l’état pour remblai (IC < 1,1 requis par GTR)

Traitement à la chaux nécessaire : Dosage 1,5-2% de chaux vive pour atteindre IP < 20% et IC > 1,1

Attention gonflement-retrait : IP = 32% → Potentiel de gonflement moyen, surveiller en fondations superficielles

Classe de plateforme : PF1 sans traitement, PF2 après traitement à la chaux

Relations empiriques entre IP et comportement mécanique

Les limites d’Atterberg permettent d’estimer certaines propriétés mécaniques des argiles par corrélations empiriques établies statistiquement :

  • Indice de compression : Cc ≈ 0,009 (LL – 10) (corrélation de Terzaghi-Peck)
    Plus LL est élevée, plus le sol est compressible. Une argile avec LL = 80% aura Cc ≈ 0,63 (très compressible).
  • Cohésion non drainée : cu (kPa) ≈ 100 / (IL + 1)
    Plus le sol est proche de LL (IL élevé), plus sa résistance non drainée est faible.
  • Perméabilité : log(k) ≈ -0,5 × IP – 8,5
    Plus IP est élevé, plus le sol est imperméable. Argile IP = 40% → k ≈ 10⁻⁹ m/s.
  • Gonflement potentiel : Si IP > 35% et LL > 60% et fraction argileuse > 30% → Potentiel de gonflement élevé (smectite probable).

Ces corrélations donnent des ordres de grandeur mais ne remplacent pas les essais mécaniques directs (œdomètre, triaxial, CBR).

Pour évaluer le risque de retrait-gonflement des argiles, consultez la cartographie officielle de l’aléa établie par le BRGM sur Géorisques, qui identifie les zones d’aléa faible, moyen et fort sur l’ensemble du territoire français.

Les limites d’Atterberg selon les normes NF P94-051 et NF P94-052-1 sont des essais d’identification obligatoires pour tous les projets de terrassement routier français. Le GTR (Guide des Terrassements Routiers) utilise l’indice de plasticité IP pour classer les sols argileux en quatre sous-classes A1 à A4, déterminant ainsi les conditions de réemploi en remblai et les traitements à la chaux nécessaires.

Pour les études géotechniques de mission G2 selon la norme NF P94-500, les limites d’Atterberg permettent d’évaluer le risque de retrait-gonflement des argiles (aléa fort si IP > 35% et LL > 60%), critère déterminant pour l’application des techniques spéciales de fondation en zone d’aléa moyen à fort cartographiée par le BRGM. Le diagramme de plasticité de Casagrande complète la classification GTR en distinguant argiles (CH, CL) et limons (MH, ML) selon la norme NF EN ISO 14688-2.

📘 Approfondir les limites d’Atterberg

Consultez nos guides complets détaillés : essai de Casagrande (LL et LP), limite de retrait, diagramme de plasticité et classification.

Essai de Casagrande (LL et LP) → Limite de retrait des sols →

Essais Hydrauliques et de Consolidation des Sols

Les essais hydrauliques mesurent les propriétés liées aux écoulements d’eau dans les sols : perméabilité, drainage, consolidation. Ces paramètres sont essentiels pour le dimensionnement des systèmes de drainage, la stabilité des barrages en terre, l’évaluation des écoulements souterrains et la prédiction des tassements à long terme des sols compressibles.

#11. Essai de perméabilité : Détermination du coefficient de perméabilité k selon la loi de Darcy

Le coefficient de perméabilité k (en m/s) caractérise l’aptitude d’un sol à se laisser traverser par l’eau sous un gradient hydraulique. Mesuré par perméamètre à charge constante (sols grenus) ou charge variable (sols fins), k varie de 10⁻² m/s pour les graviers à 10⁻¹⁰ m/s pour les argiles intactes.

Objectif : mesurer le coefficient de perméabilité k d’un échantillon de sol en laboratoire pour dimensionner les systèmes de drainage des chaussées, évaluer les débits d’infiltration dans les barrages en terre, calculer les temps de consolidation des argiles compressibles, et vérifier les critères de filtration selon Terzaghi pour la conception de drains et géotextiles.

Loi de Darcy (écoulement laminaire) :

v = k × i

v = vitesse d’écoulement (m/s)
k = coefficient de perméabilité (m/s)
i = gradient hydraulique (sans unité) = Δh / L


Débit d’écoulement :

Q = k × i × A

Q = débit (m³/s)
A = section transversale (m²)
Δh = perte de charge (m)
L = longueur échantillon (m)

Ordres de grandeur du coefficient de perméabilité selon le type de sol

Type de sol Coefficient k (m/s) Drainage Méthode d’essai
Graviers propres 10⁻² à 10⁻¹ Excellent Charge constante
Sables grossiers 10⁻³ à 10⁻² Bon Charge constante
Sables fins 10⁻⁴ à 10⁻³ Moyen Charge constante
Sables limoneux 10⁻⁵ à 10⁻⁴ Faible Charge variable
Limons 10⁻⁷ à 10⁻⁵ Très faible Charge variable
Argiles remaniées 10⁻⁹ à 10⁻⁷ Pratiquement imperméable Charge variable
Argiles intactes 10⁻¹¹ à 10⁻⁹ Imperméable Œdomètre ou in situ

Comment mesurer la perméabilité à charge constante ? (sols grenus)

L’essai à charge constante est adapté aux sols perméables (sables, graviers) dont le coefficient de perméabilité k > 10⁻⁵ m/s. Le principe consiste à maintenir une charge hydraulique constante aux bornes de l’échantillon et à mesurer le débit d’eau qui le traverse.

Procédure de l’essai à charge constante :

  1. Préparer un échantillon de sol dans un perméamètre cylindrique (diamètre 100-150 mm, hauteur 150-200 mm).
  2. Saturer complètement l’échantillon par circulation d’eau désaérée (24h minimum).
  3. Appliquer une charge hydraulique constante Δh entre l’entrée et la sortie du perméamètre.
  4. Mesurer le volume d’eau V qui traverse l’échantillon pendant un temps t (généralement 5 à 15 minutes).
  5. Répéter la mesure 3 fois pour vérifier la stabilité du débit.
  6. Calculer le coefficient de perméabilité k selon la formule de Darcy.
  7. Répéter l’essai avec 2 à 3 valeurs différentes de Δh pour validation.
  8. Mesurer la température de l’eau et corriger k à 20°C si nécessaire.

Calcul du coefficient k (charge constante) :

k = (V × L) / (A × Δh × t)

k = coefficient de perméabilité (m/s)
V = volume d’eau écoulé (m³)
L = longueur de l’échantillon (m)
A = section transversale échantillon (m²)
Δh = charge hydraulique (m)
t = temps d’écoulement (s)


Correction de température :
k₂₀ = kT × (μT / μ₂₀)
où μ = viscosité dynamique de l’eau à la température T

📖 Normes applicables : NF P94-090-1 (charge constante) | NF P94-090-2 (charge variable) | NF EN ISO 17892-11 | NF P18-418 (granulats)

Essai de perméabilité à charge variable pour sols fins (argiles, limons)

L’essai à charge variable est utilisé pour les sols peu perméables (argiles, limons, sables limoneux) ayant un coefficient k < 10⁻⁵ m/s. La charge hydraulique diminue progressivement au cours de l’essai, et la baisse du niveau d’eau dans un tube piézométrique est mesurée en fonction du temps.

Procédure de l’essai à charge variable :

  1. Préparer l’échantillon dans un perméamètre avec un tube piézométrique de section connue a connecté à l’entrée.
  2. Saturer complètement l’échantillon (peut nécessiter 48h pour argiles).
  3. Remplir le tube piézométrique d’eau jusqu’à une hauteur h₀.
  4. Ouvrir la vanne et déclencher le chronomètre.
  5. Mesurer la baisse du niveau d’eau h(t) dans le tube à intervalles réguliers (ex : toutes les 5 min).
  6. Poursuivre jusqu’à ce que h diminue significativement (généralement h₁ = h₀/2 ou h₀/3).
  7. Tracer le graphique log(h) en fonction du temps t (droite théorique).
  8. Calculer k à partir de la pente de la droite.

Calcul du coefficient k (charge variable) :

k = (a × L) / (A × t) × ln(h₀ / h₁)

k = coefficient de perméabilité (m/s)
a = section du tube piézométrique (m²)
L = longueur échantillon (m)
A = section échantillon (m²)
t = temps écoulé entre h₀ et h₁ (s)
h₀ = charge initiale (m)
h₁ = charge finale (m)
ln = logarithme népérien


Vérification :
Si log(h) vs t donne une droite → écoulement laminaire (Darcy valide)
Si courbe → écoulement non laminaire ou saturation incomplète

Applications du coefficient k dans les projets d’ingénierie

  • Dimensionnement des systèmes de drainage routier et des couches drainantes de chaussée (k > 10⁻⁵ m/s requis)
  • Calcul des débits d’infiltration dans les barrages en terre et stabilité des talus sous pluie
  • Évaluation du temps de consolidation des argiles compressibles (cv dépend de k)
  • Conception des filtres et géotextiles selon les critères de Terzaghi : k(filtre) > 10 × k(sol)
  • Vérification de l’étanchéité des écrans d’argile compactée (k < 10⁻⁹ m/s pour barrières)
  • Calcul des rabattements de nappe pour travaux en fouille (pompage et débit)
  • Dimensionnement des puits et forages d’exploitation d’eau souterraine
  • Évaluation du risque d’érosion interne (renard) dans les ouvrages hydrauliques

Paramètres affectant le coefficient de perméabilité k

Le coefficient de perméabilité d’un sol dépend de nombreux facteurs physiques et hydrauliques :

  • Granulométrie : k augmente avec D10². Corrélation de Hazen pour sables : k (cm/s) ≈ 100 × D10² (mm)
  • Indice des vides : k augmente exponentiellement avec e. Pour argiles : k ∝ e³/(1+e)
  • Degré de saturation : Une saturation incomplète réduit drastiquement k (bulles d’air bloquent les pores)
  • Structure du sol : Sol intact k < Sol remanié (structure argileuse détruite)
  • Température : k double environ tous les 10°C (viscosité de l’eau diminue)
  • Compacité : Sol dense k < Sol lâche (pour même granulométrie)
  • Anisotropie : k horizontal > k vertical (généralement kh = 2 à 10 × kv pour argiles stratifiées)

Pour les projets géotechniques, il est recommandé de mesurer k in situ (essai Lefranc, Lugeon) en complément des essais de laboratoire, car le remaniement lors de l’échantillonnage modifie significativement k pour les sols fins.

⚠️ Point critique : Saturation complète obligatoire

La saturation incomplète de l’échantillon est la principale source d’erreur dans les essais de perméabilité. Les bulles d’air piégées dans les pores réduisent la section d’écoulement effective et peuvent sous-estimer k d’un facteur 10 à 100.

Techniques de saturation :

  • Saturation sous vide : Placer l’échantillon sous cloche à vide pendant 2-4h, puis inonder avec eau désaérée
  • Contre-pression : Appliquer une pression d’eau de 200-400 kPa pendant 24-48h
  • Percolation lente : Faire circuler l’eau désaérée de bas en haut pendant 24-48h
  • Vérification : Mesurer le paramètre B de Skempton (B > 0,95 pour saturation complète)

Pour les argiles très peu perméables (k < 10⁻⁸ m/s), la saturation peut nécessiter plusieurs jours. Il est souvent préférable de mesurer k indirectement via l'essai œdomètre : k = cv × mv × γw.

Estimation de k à partir de la courbe granulométrique (formule de Hazen)

Pour les sables propres et uniformes, le coefficient de perméabilité peut être estimé par des corrélations empiriques basées sur D10 (diamètre effectif) :

  • Formule de Hazen (sables uniformes, 0,1 < D10 < 3 mm, Cu < 5) :

k (cm/s) ≈ C × D10² (mm)

où C = 100 à 150 (C = 100 pour sables fins, C = 150 pour sables grossiers propres)

  • Formule de Kozeny-Carman (plus précise, tous sols grenus) :

k = (γw / μ) × (e³ / (1+e)) × (D10² / 180)

Ces formules donnent un ordre de grandeur mais ne remplacent pas l’essai de laboratoire, surtout pour les sols contenant des fines (limons, argiles) où k dépend fortement de la structure et de la minéralogie.

💡 Application pratique : Dimensionnement d’un système de drainage de chaussée

Contexte : Couche drainante sous chaussée (grave 0/31,5 mm)

Essai de perméabilité à charge constante :

  • Diamètre échantillon D = 150 mm → A = π × (0,075)² = 0,0177 m²
  • Hauteur échantillon L = 200 mm = 0,20 m
  • Charge hydraulique Δh = 0,50 m
  • Volume écoulé V = 850 ml = 0,00085 m³ en t = 60 s

Calcul du coefficient k :

k = (V × L) / (A × Δh × t)

k = (0,00085 × 0,20) / (0,0177 × 0,50 × 60)

k = 0,00017 / 0,531 = 3,2 × 10⁻⁴ m/s

Vérification conformité GTR :

• Pour couche drainante : k > 10⁻⁵ m/s requis ✅

• Valeur mesurée k = 3,2 × 10⁻⁴ m/s → Conforme (32 fois supérieur au minimum)

Calcul du débit de drainage :

Pour un gradient hydraulique i = 0,05 (pente 5%) sur une largeur de 3,5 m et épaisseur 0,30 m :

Q = k × i × A = 3,2 × 10⁻⁴ × 0,05 × (3,5 × 0,30) = 1,68 × 10⁻⁵ m³/s = 60 L/h

Conclusion : Le matériau est suffisamment perméable pour drainer une pluie de 50 mm/h sur une chaussée de 7 m de large (débit requis ≈ 35 L/h). Système conforme.

Méthodes de mesure de perméabilité sur site (Lefranc, Lugeon, Matsuo)

Les essais de perméabilité in situ sont essentiels pour valider les valeurs de laboratoire, car le remaniement des échantillons modifie significativement k. Les principales méthodes sont :

  • Essai Lefranc (NF P94-132) : Injection ou pompage d’eau dans un forage. Adapté aux sols meubles (sables, graviers, alluvions). Mesure kh horizontal.
  • Essai Lugeon (NF P94-131) : Injection d’eau sous pression dans un forage crépiné en roches ou sols compacts. Résultat en unités Lugeon (1 UL = 10⁻⁷ m/s). Utilisé pour barrages et tunnels.
  • Essai Matsuo : Piézomètre ouvert avec mesure de remontée de nappe. Adapté aux argiles et limons peu perméables.

Ces essais in situ donnent des valeurs de k généralement 2 à 10 fois supérieures aux essais de laboratoire pour les sols fins (structure préservée, fissures naturelles).

L’essai de perméabilité selon les normes NF P94-090-1 et NF P94-090-2 est indispensable pour tous les projets hydrauliques et géotechniques nécessitant une évaluation des écoulements souterrains. Le GTR impose un coefficient k > 10⁻⁵ m/s pour les couches drainantes de chaussée et les matériaux de drainage selon le fascicule 70 du CCTG. Pour les barrages en terre, l’étanchéité du noyau argileux requiert k < 10⁻⁹ m/s vérifié en laboratoire et confirmé par essais Lugeon in situ.

Les bureaux d’études géotechniques intègrent systématiquement les valeurs de perméabilité dans les rapports de mission G2 AVP et G2 PRO selon la norme NF P94-500 pour dimensionner les systèmes de rabattement de nappe, évaluer les débits de pompage en fouille, et calculer les temps de consolidation des argiles compressibles via le coefficient cv = k / (mv × γw). Les critères de filtration de Terzaghi imposent k(filtre) > 10 × k(sol protégé) pour la conception des drains géotextiles et des filtres granulaires dans les ouvrages hydrauliques et les plateformes routières.

📘 Approfondir l’essai de perméabilité

Consultez notre guide complet détaillé : charge constante vs variable, saturation des échantillons, calculs et applications en drainage.

Guide complet essai de perméabilité k →

#12. Essai œdomètre : Mesure de la compressibilité et temps de consolidation des argiles

L’essai œdomètre mesure la compressibilité d’un sol saturé sous chargement vertical sans déformation latérale. Il permet de calculer les tassements des fondations sur argiles, le temps de consolidation et les coefficients Cc (compression), Cs (gonflement) et cv (consolidation verticale).

Objectif : déterminer les paramètres de compressibilité et de consolidation d’un sol fin saturé pour calculer l’amplitude des tassements sous charge (fondations, remblais, barrages), prédire le temps nécessaire pour atteindre 50%, 90% ou 100% de consolidation, et évaluer la préconsolidation du sol (contrainte de préconsolidation σ’p) selon la méthode de Casagrande.

Formule du tassement de consolidation primaire :

ΔH = (H₀ × Cc) / (1 + e₀) × log(σ’f / σ’₀)

ΔH = tassement de consolidation (m)
H₀ = épaisseur initiale couche compressible (m)
Cc = indice de compression (sans unité)
e₀ = indice des vides initial (sans unité)
σ’₀ = contrainte effective initiale (kPa)
σ’f = contrainte effective finale après construction (kPa)


Coefficient de consolidation verticale :

cv = (T × H²dr) / t

cv = coefficient de consolidation (m²/an ou cm²/s)
T = facteur temps (sans unité)
Hdr = distance de drainage = H/2 (drainage double) ou H (drainage simple)
t = temps pour atteindre degré consolidation U (années)

Principe de l’œdomètre : Compression unidimensionnelle sans déformation latérale

L’essai œdomètre reproduit les conditions de chargement vertical d’un sol dans son gisement naturel : l’échantillon cylindrique de 70 mm de diamètre et 20 mm de hauteur est confiné latéralement dans une bague rigide, permettant uniquement la déformation verticale. Le sol saturé est soumis à des paliers de chargement croissants puis décroissants, et le tassement est mesuré en continu.

L’essai simule fidèlement le comportement d’une couche d’argile sous une fondation ou un remblai où les déformations horizontales sont bloquées par les couches adjacentes. C’est l’essai de référence pour le calcul des tassements de consolidation selon l’Eurocode 7 et la norme NF P94-500.

Protocole de l’essai œdomètre selon la norme NF P94-090-1

  1. Prélever un échantillon intact d’argile saturée (tube à paroi mince, carottier).
  2. Découper un échantillon cylindrique de 70 mm de diamètre et 20 mm de hauteur dans la bague œdométrique.
  3. Placer l’échantillon entre deux pierres poreuses saturées pour permettre le drainage vertical.
  4. Immerger l’ensemble dans l’eau pour maintenir la saturation.
  5. Appliquer une charge de mise en place faible (5 à 10 kPa) et laisser stabiliser 24h.
  6. Appliquer des paliers de charge successifs doublant la contrainte : 10 – 20 – 40 – 80 – 160 – 320 – 640 kPa (ou jusqu’à 1280 kPa selon projet).
  7. Maintenir chaque palier pendant 24 heures minimum (argiles peu perméables : 48h).
  8. Mesurer le tassement en continu avec un comparateur (précision 0,01 mm).
  9. Après le dernier palier, décharger par paliers : 320 – 160 – 80 – 40 – 20 – 10 kPa.
  10. Tracer la courbe e-log(σ’) : indice des vides en fonction du logarithme de la contrainte effective.
  11. Déterminer graphiquement Cc, Cs, σ’p par la méthode de Casagrande.
  12. Mesurer cv à partir des courbes tassement-temps pour chaque palier.
📖 Normes applicables : NF P94-090-1 (essai œdomètre) | NF EN ISO 17892-5 | ASTM D2435 (référence internationale) | Eurocode 7 (NF EN 1997-2)

Comment interpréter la courbe e-log(σ’) de l’essai œdomètre ?

Courbe Œdométrique e – log(σ’v)

La courbe œdométrique représente l’évolution de l’indice des vides (e) en fonction du logarithme de la contrainte effective verticale (log σ’). Elle se compose de trois parties caractéristiques :

  1. Branche de recompression (0 à σ’p) : Pente faible (indice de recompression Cr ou Cs). Le sol subit une recompression élastique jusqu’à atteindre la contrainte maximale qu’il a déjà subie dans son histoire géologique (σ’p = contrainte de préconsolidation).
  2. Branche vierge de compression (σ’ > σ’p) : Pente forte (indice de compression Cc). Le sol se comprime de manière irréversible car il n’a jamais été soumis à ces contraintes. Cette partie gouverne les tassements des ouvrages neufs.
  3. Branche de déchargement-gonflement : Pente faible (indice de gonflement Cs). Le sol reprend partiellement son volume initial mais avec une déformation résiduelle permanente.

Le rapport de surconsolidation OCR = σ’p / σ’₀ caractérise l’état initial du sol :

  • OCR ≈ 1 : Sol normalement consolidé (jamais surchargé)
  • OCR > 1 : Sol surconsolidé (a subi un chargement plus important dans le passé : érosion, retrait glacier, rabattement nappe)
  • OCR > 4 : Sol fortement surconsolidé (tassements très faibles sous charges modérées)

Indices Cc, Cs et Cr : Mesure de la compressibilité des argiles

Coefficient Définition Formule Valeurs typiques
Cc (indice compression) Pente branche vierge Cc = Δe / Δlog(σ’) 0,1 à 0,5 (argiles raides)
0,5 à 1,5 (argiles molles)
1,5 à 4,0 (argiles organiques)
Cs ou Cr (indice gonflement) Pente branche gonflement Cs = Δe / Δlog(σ’) Cs ≈ Cc/5 à Cc/10
σ’p (préconsolidation) Contrainte maximale passée Méthode Casagrande graphique 50 à 200 kPa (argiles molles)
200 à 500 kPa (argiles raides)
OCR (surconsolidation) Rapport surconsolidation OCR = σ’p / σ’₀ 1 (NC) à 10+ (fortement OC)

Corrélations empiriques pour estimer Cc :

Corrélation Terzaghi-Peck :

Cc ≈ 0,009 (LL – 10)

Corrélation Skempton :

Cc ≈ 0,007 (LL – 7) pour argiles remaniées

Corrélation avec indice des vides :

Cc ≈ 0,75 (e₀ – 0,5) pour argiles inorganiques


Note : Ces corrélations donnent des ordres de grandeur mais ne remplacent pas l’essai œdomètre. Utiliser uniquement pour estimations préliminaires en phase G1 (étude de site).

Calcul du temps de consolidation avec le coefficient cv

Le coefficient de consolidation cv caractérise la vitesse à laquelle l’eau interstitielle est chassée des pores de l’argile sous l’effet du chargement. Plus cv est élevé, plus la consolidation est rapide. Il dépend de la perméabilité k et de la compressibilité du sol.

Le temps de consolidation t pour atteindre un degré de consolidation U donné se calcule par la formule de Terzaghi :

t = (T × H²dr) / cv

où T est le facteur temps fonction de U :

  • U = 50% → T = 0,197
  • U = 90% → T = 0,848
  • U = 95% → T = 1,127

Hdr est la distance de drainage :

  • Drainage double (argile entre deux couches drainantes) : Hdr = H/2
  • Drainage simple (argile sur substratum imperméable) : Hdr = H

Valeurs typiques de cv :

  • Argiles molles organiques : cv = 0,5 à 2 m²/an
  • Argiles molles : cv = 1 à 5 m²/an
  • Argiles raides : cv = 5 à 20 m²/an
  • Limons argileux : cv = 10 à 50 m²/an

Pour une couche d’argile de 10 m d’épaisseur avec cv = 2 m²/an en drainage double (Hdr = 5 m), le temps pour atteindre 90% de consolidation est :
t₉₀ = (0,848 × 5²) / 2 = 10,6 ans

⚠️ Point critique : Consolidation primaire vs secondaire

L’essai œdomètre distingue deux phases de tassement :

  • Consolidation primaire : Expulsion de l’eau interstitielle sous gradient hydraulique. Se termine lorsque les surpressions interstitielles Δu = 0. Durée : jours à années selon cv et épaisseur couche.
  • Consolidation secondaire (fluage) : Réarrangement du squelette solide après dissipation complète de Δu. Continue indéfiniment à vitesse décroissante. Importante pour argiles organiques, tourbes, vases.

Coefficient de consolidation secondaire Cα :

Cα = Δe / Δlog(t) pendant phase secondaire

Le tassement secondaire peut représenter 10 à 30% du tassement primaire pour argiles normales, mais 50 à 200% pour tourbes et argiles très organiques.

Recommandation : Pour ouvrages sensibles (bâtiments, ponts) sur argiles molles, prévoir un tassement total = tassement primaire calculé × 1,2 à 1,5 pour tenir compte du fluage secondaire.

Méthode de Casagrande pour trouver la contrainte de préconsolidation

Procédure graphique :

  1. Sur la courbe e-log(σ’), identifier le point de courbure maximale (rayon de courbure minimum).
  2. Tracer la tangente horizontale passant par ce point.
  3. Tracer la tangente à la courbe au point de courbure maximale.
  4. Tracer la bissectrice de l’angle formé par ces deux tangentes.
  5. Prolonger la partie rectiligne de la branche vierge (Cc) vers les faibles contraintes.
  6. L’intersection entre la bissectrice et le prolongement de Cc donne σ’p (contrainte de préconsolidation).

La contrainte de préconsolidation σ’p représente la contrainte verticale effective maximale que le sol a subie dans son histoire géologique. Les causes de préconsolidation sont :

  • Érosion de couches sus-jacentes (plusieurs mètres à dizaines de mètres)
  • Retrait d’un glacier quaternaire (surcharge de glace)
  • Dessication et cimentation (augmente la résistance)
  • Rabattement de nappe phréatique (augmente σ’ sans augmenter σ)
  • Vieillissement et thixotropie (réorganisation structure argileuse)

Un sol surconsolidé (OCR > 1) subit des tassements beaucoup plus faibles qu’un sol normalement consolidé sous une même charge additionnelle, car il se déforme selon la branche de recompression (Cs << Cc).

Applications de l’œdomètre dans les projets de fondations et remblais

  • Calcul des tassements de consolidation primaire sous fondations superficielles et radiers
  • Prédiction des tassements différentiels entre poteaux (bâtiments, ouvrages d’art)
  • Dimensionnement des remblais sur sols compressibles (préchargement avec drains verticaux)
  • Évaluation du temps de consolidation pour programmation des travaux
  • Détermination du besoin de pieux ou amélioration de sol (seuils de tassement acceptables)
  • Calcul des tassements de barrages en terre sur fondations argileuses
  • Vérification de la stabilité des remblais pendant construction (risque rupture si Δu trop élevées)
  • Étude des affaissements miniers et des tassements post-séisme
  • Classification des sols selon OCR (sols surconsolidés moins sensibles)

💡 Application pratique : Calcul du tassement d’un bâtiment sur argile molle

Contexte : Bâtiment R+5 avec radier sur couche d’argile molle de 8 m d’épaisseur, reposant sur sable dense drainant.

Données de l’essai œdomètre sur argile :

  • Indice des vides initial : e₀ = 1,10
  • Indice de compression : Cc = 0,45
  • Indice de recompression : Cs = 0,06
  • Contrainte de préconsolidation : σ’p = 85 kPa
  • Contrainte effective initiale (milieu couche) : σ’₀ = 65 kPa (OCR = 85/65 = 1,31)
  • Coefficient de consolidation : cv = 3,2 m²/an

Charge apportée par le bâtiment :

Δσ = 120 kPa → σ’f = σ’₀ + Δσ = 65 + 120 = 185 kPa

Calcul du tassement :

Le sol est légèrement surconsolidé (σ’₀ < σ'p), donc :

1. Tassement sur branche recompression (σ’₀ = 65 kPa → σ’p = 85 kPa) :

ΔH₁ = (H₀ × Cs) / (1 + e₀) × log(σ’p / σ’₀)

ΔH₁ = (8,0 × 0,06) / (1 + 1,10) × log(85 / 65) = 0,229 × 0,116 = 0,027 m = 27 mm

2. Tassement sur branche vierge (σ’p = 85 kPa → σ’f = 185 kPa) :

ΔH₂ = (H₀ × Cc) / (1 + e₀) × log(σ’f / σ’p)

ΔH₂ = (8,0 × 0,45) / (1 + 1,10) × log(185 / 85) = 1,714 × 0,338 = 0,579 m = 579 mm

3. Tassement total primaire :

ΔH = ΔH₁ + ΔH₂ = 27 + 579 = 606 mm ≈ 60 cm

4. Tassement secondaire estimé : +20% → ΔHs ≈ 120 mm

Tassement total = 60 + 12 = 72 cm

Calcul du temps de consolidation (drainage double, Hdr = 4 m) :

• Pour U = 50% : t₅₀ = (0,197 × 4²) / 3,2 = 0,98 an ≈ 12 mois

• Pour U = 90% : t₉₀ = (0,848 × 4²) / 3,2 = 4,24 ans ≈ 51 mois

Conclusion et recommandations :

• Tassement de 72 cm inacceptable pour bâtiment R+5 (limite ≈ 5 cm)

Solutions techniques :

  → Pieux traversant l’argile et ancrés dans le sable (solution retenue généralement)

  → Préchargement + drains verticaux (réduit t₉₀ de 4 ans à 6-8 mois, mais tassement reste important)

  → Substitution partielle de l’argile (coûteux pour 8 m)

Mission G2 PRO requise pour dimensionnement fondations profondes

Amélioration des sols par drains verticaux : Réduction du temps de consolidation

Pour réduire le temps de consolidation des argiles molles sous remblais ou plateformes, on installe des drains verticaux (préfabriqués en géotextile ou colonnes de sable) espacés de 1 à 3 m. L’eau interstitielle s’écoule radialement vers les drains au lieu de verticalement sur toute l’épaisseur, réduisant drastiquement Hdr.

Efficacité typique des drains verticaux :

  • Sans drains : t₉₀ = 10 ans pour 10 m d’argile
  • Avec drains espacés de 1,5 m : t₉₀ = 6 à 12 mois (réduction d’un facteur 10 à 20)

La technique du préchargement avec drains verticaux est standard pour :

  • Plateformes industrielles et logistiques sur sols mous
  • Remblais routiers et ferroviaires traversant zones marécageuses
  • Extensions portuaires et aéroportuaires en zones alluvionnaires
  • Digues et barrages en terre sur fondations compressibles

Le dimensionnement des drains (espacement, longueur, diamètre) nécessite une étude spécifique intégrant cv horizontal et cv vertical mesurés en œdomètre.

L’essai œdomètre selon la norme NF P94-090-1 est l’essai de référence pour le calcul des tassements de consolidation exigé par l’Eurocode 7 (NF EN 1997-1) et la norme NF P94-500 dans toutes les missions géotechniques G2 AVP et G2 PRO. Les bureaux d’études géotechniques utilisent les paramètres Cc, Cs et cv mesurés à l’œdomètre pour dimensionner les fondations superficielles et profondes sur sols compressibles selon la méthode de Terzaghi, vérifier les tassements admissibles des bâtiments et ouvrages d’art, et calculer les temps de consolidation pour le phasage des travaux de terrassement.

Pour les projets de remblais routiers sur argiles molles, le GTR impose une étude de stabilité intégrant l’évolution des surpressions interstitielles pendant construction, basée sur les courbes œdométriques et les valeurs de cv. Le catalogue ALIZE du LCPC utilise les modules de déformation déduits de l’essai œdomètre (module œdométrique Eoed = (1+e₀)×σ’/Δe) pour le dimensionnement des structures de chaussée sur plateformes compressibles PF1 et PF2. La technique des drains verticaux préfabriqués associée au préchargement, dimensionnée à partir des paramètres œdométriques cv et ch (consolidation horizontale), permet de réduire les temps de consolidation de plusieurs années à quelques mois pour les grands projets d’infrastructures sur sols mous.

📘 Approfondir l’essai œdomètre (consolidation)

Consultez notre guide complet détaillé : courbe œdométrique e-log(σ’), détermination Cc, Cs, σ’p, calcul des tassements et cv.

Tout savoir sur l’essai œdomètre et consolidation →

Essais Spécifiques et Comportements Particuliers des Sols

Certains sols présentent des comportements particuliers nécessitant des essais spécifiques : gonflement des argiles sous humidification, collapsibilité des sols effondrables, sensibilité au gel-dégel, et dispersion des argiles sodiques. Ces essais permettent d’identifier les sols problématiques et de dimensionner les techniques spéciales de fondation adaptées selon les recommandations du BRGM et de la norme NF P94-500.

#14. Essai de collapsibilité : Détection des sols effondrables

L’essai de collapsibilité identifie les sols susceptibles de s’effondrer brutalement lors de leur humidification sous charge. Ces sols effondrables (loess, limons, sables peu compactés) présentent une structure métastable qui s’effondre au contact de l’eau, provoquant des tassements soudains pouvant atteindre 5 à 20% de l’épaisseur de la couche.

L’essai est réalisé en œdomètre : l’échantillon sec est chargé progressivement, puis inondé sous charge constante. Un tassement brutal lors de l’imbibition révèle un comportement effondrable. Le potentiel de collapsibilité Ic guide le choix des fondations et des techniques d’amélioration de sol en zones arides et semi-arides.

Indice de collapsibilité :

Ic = (e₀ – ef) / (1 + e₀)

Ic = indice de collapsibilité (sans unité)
e₀ = indice des vides initial (sec)
ef = indice des vides après imbibition sous charge

Classification :
– Ic < 0,01 : Pas de collapsibilité
– 0,01 < Ic < 0,05 : Collapsibilité modérée
– Ic > 0,05 : Collapsibilité élevée (fondations spéciales requises)

📖 Normes applicables : ASTM D5333 (essai œdomètre double) | NF P94-090-1 (œdomètre standard avec imbibition)

Applications clés :

  • Détection des sols effondrables (loess, limons, remblais mal compactés)
  • Choix des fondations en zones arides (Maghreb, Moyen-Orient, Asie centrale)
  • Dimensionnement des préhumidifications contrôlées avant construction
  • Évaluation du risque de tassement sous fuites de canalisations
  • Contrôle qualité des remblais compactés à faible teneur en eau

#15. Essai de gélivité : Évaluation de la sensibilité au gel-dégel

L’essai de gélivité évalue la susceptibilité d’un sol aux cycles de gel-dégel qui provoquent des gonflements par formation de lentilles de glace, suivis de tassements lors du dégel. Les sols gélifs (limons, argiles, sables fins) subissent des déformations cycliques endommageant les structures de chaussée et les fondations superficielles en zones froides.

L’essai mesure le gonflement sous cycles thermiques de gel (-5°C à -10°C) et dégel (+5°C à +20°C). La classification française distingue les sols non gélifs (SGn), peu gélifs (SGp) et très gélifs (SGt). Le GTR impose des profondeurs hors gel minimales selon les zones climatiques et le risque de gel du matériau.

Classification Gonflement au gel Type de sol Mesures constructives
SGn (non gélif) < 0,5 mm Graviers, sables grossiers propres Profondeur hors gel standard
SGp (peu gélif) 0,5 à 4 mm Sables fins, limons peu plastiques Profondeur hors gel + 20 cm
SGt (très gélif) > 4 mm Limons, argiles, sols fins saturés Substitution ou isolation thermique
📖 Normes applicables : NF P98-234-2 (gélivité des sols) | NF EN 13286-54 (gélivité des granulats) | GTR (classification SGn, SGp, SGt)

Applications clés :

  • Dimensionnement des profondeurs hors gel selon zones climatiques françaises
  • Classification des matériaux pour corps de chaussée en régions froides
  • Évaluation du risque de soulèvement des fondations superficielles
  • Choix des matériaux drainants anti-gel (couches antigel en grave 0/31,5)
  • Contrôle qualité des plateformes routières en montagne et régions nordiques

#16. Essai de dispersion : Identification des argiles sodiques dispersives

L’essai de dispersion identifie les argiles sodiques susceptibles de se disperser spontanément au contact de l’eau douce, provoquant une érosion interne rapide (phénomène de renard) dans les barrages en terre et les digues. Les argiles dispersives contiennent des cations sodium (Na⁺) échangeables qui déstabilisent la structure argileuse en présence d’eau.

Deux essais simples sont utilisés : le pinhole test (écoulement d’eau sous pression dans un petit trou) et le crumb test (observation de l’échantillon dans l’eau distillée). Un trouble rapide de l’eau indique un comportement dispersif. Le pourcentage de sodium échangeable (ESP) et le rapport d’adsorption du sodium (SAR) permettent d’évaluer le risque de dispersion.

Paramètres de dispersion :

ESP (%) = (Na⁺ échangeable / CEC) × 100

ESP = pourcentage de sodium échangeable (%)
CEC = capacité d’échange cationique (meq/100g)

Classification :
– ESP < 6% : Argile non dispersive
– 6% < ESP < 15% : Risque intermédiaire
– ESP > 15% : Argile dispersive (érosion interne probable)

📖 Normes applicables : ASTM D4647 (pinhole test) | ASTM D6572 (crumb test) | AS 1289.3.8.1 (dispersion standard australien)

Applications clés :

  • Détection des argiles dispersives pour barrages en terre et digues
  • Évaluation du risque d’érosion interne (renard hydraulique)
  • Sélection des matériaux pour noyaux étanches de barrages
  • Dimensionnement des protections anti-érosion (filtres, drains)
  • Amélioration des argiles sodiques par ajout de calcium (gypse, chaux)

Interprétation et Utilisation des Résultats d’Essais

Les résultats des essais de laboratoire géotechnique doivent être interprétés dans leur contexte géotechnique global. Aucun essai isolé ne suffit pour caractériser un sol : c’est la synthèse de tous les paramètres mesurés (identification, mécanique, hydraulique) qui permet une classification fiable et un dimensionnement sécuritaire des ouvrages selon les normes françaises et européennes.

Les essais de laboratoire alimentent les missions géotechniques normalisées (G1, G2, G3, G4, G5) définies par la norme NF P94-500. Chaque phase de projet nécessite des essais spécifiques : essais d’identification en phase G1 ES (étude de site), essais mécaniques complets en phase G2 AVP/PRO (dimensionnement), et essais de contrôle en phase G4 (supervision d’exécution). La cohérence entre essais in situ et essais de laboratoire valide les modèles géotechniques.

Applications clés :

  • Classification des sols selon GTR et NF P11-300 pour terrassements routiers
  • Calcul des capacités portantes de fondations superficielles et profondes
  • Dimensionnement des structures de chaussée selon le catalogue LCPC
  • Évaluation des tassements et temps de consolidation pour ouvrages sensibles
  • Vérification de conformité aux spécifications CCTP et fascicules CCTG
  • Détection des sols problématiques nécessitant techniques spéciales
  • Contrôle qualité des matériaux et validation des traitements de sol

Questions Fréquentes sur les Essais de Laboratoire Géotechnique

Pour une mission G2 selon la norme NF P94-500, les essais obligatoires comprennent : l’analyse granulométrique, les limites d’Atterberg (LL, LP, IP), la teneur en eau naturelle, la densité des particules solides (Gs), et l’essai Proctor pour les projets de terrassement. Des essais mécaniques comme le triaxial ou l’œdomètre sont ajoutés selon le type d’ouvrage (fondations, remblais).

Triaxial UU (non consolidé non drainé) : Rapide (1-2 jours), mesure la cohésion non drainée Cu pour stabilité à court terme.

Triaxial CU (consolidé non drainé) : Consolidation préalable puis cisaillement rapide, donne φ’ et c’ avec mesure des pressions interstitielles.

Triaxial CD (consolidé drainé) : Le plus long (7-15 jours), simule conditions à long terme après dissipation complète des surpressions. Utilisé pour barrages et ouvrages critiques.

Un IP élevé (> 25%) indique une argile très plastique avec :

  • Fort potentiel de retrait-gonflement (risque pour fondations superficielles)
  • Compressibilité importante (tassements significatifs)
  • Classification GTR : classe A3 ou A4 (sols difficiles)
  • Nécessité de traitement à la chaux (1,5-3%) pour réemploi en remblai
  • Risque en zones BRGM d’aléa moyen à fort

Le coefficient k dépend de la taille des pores : les graviers (k = 10⁻² m/s) drainent rapidement, tandis que les argiles intactes (k = 10⁻¹⁰ m/s) sont quasi-imperméables. La différence atteint 8 ordres de grandeur. Facteurs influents : granulométrie (D10²), indice des vides (e³), saturation complète (Sr = 100%), et structure du sol (intact vs remanié).

Un essai œdomètre selon NF P94-090-1 dure 10 à 15 jours :

  • 8-10 paliers de charge (24h chacun pour argiles, 48h pour argiles très peu perméables)
  • 3-4 paliers de déchargement (24h chacun)
  • Mesure continue du tassement et calcul du coefficient cv

Pour argiles très compressibles, la durée peut atteindre 20-25 jours.

CBR immédiat : Mesuré directement après compactage, représente la portance dans les conditions optimales de chantier.

CBR après imbibition (4 jours) : Simule le pire cas (saturation complète). Pour argiles sensibles, le CBR peut chuter de 50% à 80%. Le GTR utilise le CBR après imbibition pour la classification des plateformes PF1 à PF4 et le dimensionnement des chaussées.

Trois indicateurs principaux :

  • IP > 35% et LL > 60% : Risque fort (argiles à smectite probable)
  • Essai de gonflement : Gs > 5% = gonflement élevé (NF P94-091)
  • Cartographie BRGM : Zones d’aléa moyen/fort (Bassin parisien, Charente-Maritime, Deux-Sèvres)

En zone d’aléa moyen/fort, une étude G1 ES est obligatoire depuis la loi ELAN (2018).

105°C ± 5°C est la température normalisée (NF P94-050) car :

  • Elle évapore l’eau libre et adsorbée sans décomposer les minéraux argileux
  • Au-delà de 110°C : début de déshydroxylation des argiles (perte d’eau de constitution)
  • En dessous de 100°C : évaporation incomplète (sous-estimation de w)

Exceptions : sols gypseux (60-80°C), sols organiques (60-70°C) pour éviter décomposition.

Essais indispensables pour remblai sur sol compressible :

  • Œdomètre : Calcul des tassements (Cc, Cs) et temps de consolidation (cv)
  • Triaxial UU : Cohésion non drainée Cu pour stabilité à court terme
  • Limites d’Atterberg : Classification et estimation compressibilité
  • Perméabilité : Dimensionnement des drains verticaux si nécessaire
  • Teneur en eau + densité : État initial et calcul σ’₀

Analyse de stabilité selon méthode des Fellenius/Bishop pour phasage des travaux.

Essais de laboratoire :

  • Paramètres précis et reproductibles (normes NF P94-xxx)
  • Conditions contrôlées mais échantillons remaniés possibles
  • Coût unitaire faible, mais prélèvement nécessaire

Essais in situ (SPT, CPT, pressiomètre) :

  • Sol en place non remanié, conditions naturelles
  • Résultats immédiats sur grande profondeur
  • Corrélations empiriques (moins précis que laboratoire)

Complémentarité : In situ pour reconnaissance rapide + laboratoire pour paramètres précis de dimensionnement.

Pour une mission G2 AVP + PRO incluant les essais :

  • Essais d’identification (granulo, Atterberg, w, Gs) : 400-600 € pour 2-3 échantillons
  • Essai Proctor + CBR : 250-350 € si terrassement prévu
  • Triaxial UU : 300-450 € par échantillon (si fondations profondes)
  • Œdomètre : 400-600 € (si argiles compressibles)

Total typique : 1 500 à 3 000 € d’essais (sur 3 000 à 5 000 € pour étude G2 complète avec sondages).

Non recommandé si l’étude a plus de 5 ans ou si :

  • Le type d’ouvrage est différent (passage de maison à immeuble collectif)
  • Des modifications de la nappe phréatique ont eu lieu (pompage, rabattement)
  • La réglementation a évolué (loi ELAN, nouvelles normes parasismiques)
  • Les sondages sont situés à plus de 50 m du nouveau projet

Une actualisation G1 + quelques essais complémentaires peut suffire si l’étude est récente (< 3 ans) et le contexte similaire.

Conclusion : Les Essais de Laboratoire Géotechnique

Les essais de laboratoire géotechnique constituent le socle de toute étude de sol fiable. De l’identification basique (granulométrie, limites d’Atterberg) aux essais mécaniques avancés (triaxial, œdomètre), chaque essai apporte des informations essentielles pour comprendre le comportement des sols et dimensionner les ouvrages en sécurité. Les normes françaises NF P94-xxx et européennes NF EN ISO 17892 garantissent la reproductibilité et la fiabilité des résultats.

L’expertise du géotechnicien réside dans sa capacité à sélectionner les essais pertinents selon le projet, à interpréter les résultats dans leur contexte géologique et hydrogéologique, et à formuler des recommandations constructives adaptées. Les essais de laboratoire, complétés par les reconnaissances in situ (sondages, pénétromètres, pressiomètres), permettent de maîtriser les risques géotechniques et d’optimiser les solutions techniques selon les exigences de performance, de durabilité et de coût.

La réglementation française (loi ELAN, norme NF P94-500) impose des études géotechniques obligatoires pour garantir la sécurité des constructions. Les essais de laboratoire, réalisés par des laboratoires accrédités COFRAC, constituent la base factuelle indispensable pour toute mission géotechnique de qualité, de la phase esquisse G1 jusqu’au suivi d’exécution G4.